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Les actus

Notre environnement, notre souffle : comprendre et agir sur l’exposome

L’exposome est une notion majeure lorsqu’on parle de santé en général et respiratoire en particulier. Santé respiratoire France s’est emparée de ce sujet depuis plusieurs années et a organisé, en juillet 2026, un webinaire « Environnement et santé respiratoire : comment agir sur l’exposome ? », réunissant des experts, des pneumologues et des patients partenaires. En voici une synthèse.

L’exposome en 5 points clés
– L’exposome regroupe l’ensemble des facteurs environnementaux, sociaux et comportementaux susceptibles d’influencer la santé respiratoire tout au long de la vie.
– La pollution, le tabagisme, les conditions de logement et de travail ainsi que les inégalités sociales peuvent se cumuler et renforcer la vulnérabilité face aux maladies respiratoires.
– Les premières années de vie, notamment les 1 000 premiers jours, constituent une période particulièrement sensible pour la croissance et le bon développement des poumons.
– La prévention doit associer réduction des expositions aux facteurs irritants, amélioration de la qualité de l’air, éducation thérapeutique, suivi médical et le développement de la capacité à comprendre et utiliser les informations de santé (littératie en santé).
– La réduction des inégalités passe enfin par des politiques publiques adaptées aux territoires vulnérables et par le renforcement des facteurs protecteurs, tels que les espaces verts, l’accès aux soins et l’information.

Qu’est-ce que l’exposome ?

« En un mot, l’exposome c’est « tout », résume le Pr Colas Tchérakian, pneumologue (hôpital Foch, Suresnes) et administrateur de Santé respiratoire France : c’est l’ensemble des facteurs auxquels une personne est exposée tout au long de sa vie, de la période fœtale jusqu’à aujourd’hui, et qui peuvent influencer sa santé. Chez une souris en laboratoire, l’environnement peut être contrôlé presque entièrement : on connaît ce qu’elle mange, boit et respire. Chez l’être humain, c’est beaucoup plus complexe. Au cours de sa vie, chacun traverse différents lieux, consomme différentes substances et rencontre de multiples facteurs environnementaux. Toutes ces expositions peuvent modifier la santé, notamment en influençant la manière dont certains gènes s’expriment (mécanismes épigénétiques). »

L’exposome ne se limite donc pas à l’air que l’on respire, à l’eau que l’on boit ou à ce que l’on mange. Il comprend aussi l’environnement socio-économique. Le lieu de naissance, le cadre de vie peuvent influencer les conditions de vie et, par conséquent, la santé future. Ces déterminants socio-économiques font donc partie intégrante de l’exposome.

Bien respirer n’est pas qu’une affaire de choix individuels

« L’association Santé respiratoire France a choisi de mettre en avant l’impact de l’environnement et des inégalités socio-économiques pour une raison simple, indique le Dr Frédéric le Guillou, pneumologue et président de l’association : notre système respiratoire ne dépend pas seulement de nos choix individuels ou de nos comportements. Il reflète aussi notre milieu de vie. SRF est une association à impact. Son objectif est d’agir pour un monde qui respire. » Dans cette perspective, elle souhaite mettre en avant trois urgences majeures.

  • La première concerne l’impact croissant de l’exposome. L’air extérieur est directement concerné, notamment avec le réchauffement climatique et la pollution atmosphérique ; des facteurs à l’origine d’aggravation des symptômes de la maladie (exacerbations) chez les personnes asthmatiques, atteintes de BPCO ou de fibrose. L’air intérieur doit également être pris en compte : il peut être au moins quatre fois plus pollué que l’air extérieur. Certains comportements individuels peuvent toutefois contribuer à améliorer sa qualité.
  • La deuxième urgence concerne les inégalités sociales face à la maladie. « Nous ne sommes pas égaux face à l’air que nous respirons, insiste le Dr Le Guillou. Les facteurs socio-économiques jouent un rôle majeur, en particulier le logement. Les populations les plus modestes vivent parfois dans des logements mal ventilés, mal aérés ou plus humides, ce qui augmente leur exposition à certains facteurs environnementaux délétères. » Le milieu professionnel constitue un autre déterminant. Les ouvriers et les employés peuvent être davantage exposés à des substances toxiques, des solvants ou des produits chimiques, avec d’éventuelles conséquences sur leur fonction respiratoire. L’accès aux soins et à l’information varie également selon les situations sociales, et la précarité peut renforcer ces inégalités.
  • La troisième urgence consiste à encourager les pouvoirs publics à agir. « Il faut déplacer le curseur d’une approche centrée sur les comportements individuels vers une prise en compte plus large de l’environnement et du milieu de vie, ajoute-t-il. Cette approche doit permettre de mieux sensibiliser l’État et les collectivités à leurs responsabilités. »

La vulnérabilité respiratoire de l’enfant face à la pollution de l’air

Le développement respiratoire commence avant même la naissance. Dès la grossesse, l’environnement maternel peut influencer la fonction respiratoire de l’enfant. Par exemple, illustre le Pr Tchérakian, « si une mère fume pendant la grossesse, son fils ou sa fille aura davantage de risques de développer un asthme ou une BPCO, même si, par la suite, il ou elle adopte une bonne hygiène de vie et pratique une activité physique. Nous sommes donc influencés par notre environnement dès la période fœtale. » On parle des « 1 000 premiers jours », qui couvrent la période allant de la conception aux deux premières années de vie (voire aux trois premières). L’environnement dans lequel l’enfant grandit après son retour de la maternité peut ainsi influencer fortement sa fonction respiratoire et sa santé globale.

« Les poumons de l’enfant continuent à se développer après la naissance, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux agressions de son environnement, notamment à la pollution atmosphérique, explique Séverine Deguen, fondatrice d’Equit’Health, bureau d’études en santé environnementale et inégalités sociales. À niveaux de pollution équivalents, l’enfant est davantage exposé que l’adulte, notamment parce que sa respiration est plus importante rapportée à sa taille. » Santé publique France a publié en 2025 une étude sur l’impact des PM2,5 sur l’asthme de l’enfant où elle estime notamment qu’en ramenant les concentrations annuelles de PM2,5 au niveau de la valeur guide OMS de 5 µg/m³, près de 6 900 nouveaux cas d’asthme chez les 0-17 ans pourraient être évités chaque année.

Pour autant, le développement respiratoire n’est pas complètement déterminé dès la naissance. L’organisme possède une certaine capacité à s’adapter et, par des phénomènes de « catch-up », à récupérer une partie du retard de développement. « Nous savons aujourd’hui qu’il n’existe pas une seule trajectoire du souffle, explique Colas Tchérakian. Tout le monde ne développe pas ses capacités respiratoires de la même manière et ne les perd pas non plus au même rythme. Certaines personnes développent une grande capacité respiratoire et la conservent longtemps. D’autres ont des capacités pulmonaires plus limitées et connaissent un déclin plus rapide. Notre hygiène de vie peut permettre d’optimiser cette trajectoire : bien manger, pratiquer une activité physique et ne pas fumer sont autant de facteurs favorables. Cependant, même dans ces conditions, nous n’aurons pas nécessairement les mêmes capacités respiratoires que notre voisin. L’organisme peut s’adapter, mais les déterminants présents très tôt dans la vie exercent malgré tout une forte influence sur notre trajectoire respiratoire. »

Les inégalités sociales de santé : une accumulation de facteurs de risque

Pour Yassine Ennomany, directeur général de Banlieues Santé et expert au Haut Conseil de la santé publique sur les déterminants de santé et les maladies non transmissibles, « les inégalités sociales de santé se traduisent notamment par des écarts d’espérance de vie et de risques face à la maladieC’est pourquoi l’association intervient avec une approche participative, en travaillant avec les populations concernées sur l’acceptabilité des recommandations sanitaires et l’adoption de comportements favorables à la santé. »

Dans les territoires où Banlieues Santé intervient, plusieurs facteurs se cumulent : une offre de soins plus limitée, des revenus plus faibles, un recours plus tardif aux soins, une alimentation moins favorable et une moindre pratique d’activité physique. À cela s’ajoute des difficultés vis-à-vis de la littératie en santé, c’est-à-dire la capacité à comprendre et utiliser les informations de santé. « Les personnes éloignées des soins cumulent davantage de facteurs de risque sont davantage touchées par les maladies chroniques, rapporte-t-il. Elles doivent aussi faire face à des difficultés sociales liées au logement, à l’emploi, aux ressources ou aux enfants, qui peuvent reléguer la santé au second plan. » Ces inégalités se traduisent par des écarts d’espérance de vie de 7 à 10 ans selon les indicateurs retenus. Par exemple, la prévalence de l’asthme est supérieure de 6 % chez les enfants et les personnes asthmatiques issus des populations défavorisées par rapport à la population générale. Dès 34 ans, des différences importantes apparaissent entre les catégories socioprofessionnelles les plus et les moins favorisées.  

« Cette plus grande vulnérabilité s’explique par l’accumulation de plusieurs facteurs défavorables, complète Séverine Deguen. Les conditions de logement jouent un rôle important (humidité, moisissures, surpeuplement), tout comme les conditions de travail et les facteurs socio-économiques. Ces déterminants s’additionnent et se renforcent. On peut les comparer à un vase qui se remplit progressivement : chez les populations les plus vulnérables, il est déjà chargé de nombreux facteurs de risque. Une exposition environnementale supplémentaire peut alors faire déborder ce « vase » et entraîner des conséquences sur la santé, même lorsque le niveau d’exposition à la pollution n’est pas beaucoup plus élevé que celui d’autres populations. »

Une ville très verte, « probablement » l’idéal pour nos bronches

Colas Tchérakian a participé à l’étude « Impact de l’exposome », menée auprès de plus de 660 000 patients atteints d’asthme ou de BPCO. Soutenue par le laboratoire Sanofi, elle a réuni des pneumologues, des patients, des épidémiologistes et des experts des données de santé. L’objectif était d’étudier le plus largement possible l’effet de l’exposome sur les maladies respiratoires et d’identifier les facteurs susceptibles de provoquer des exacerbations et des hospitalisations.

« Déjà, notre étude montre que les principaux facteurs de risque sont souvent communs à plusieurs maladies respiratoires, souligne le Pr Tchérakian. L’ozone, par exemple, a un impact négatif sur la BPCO, l’asthme et l’asthme de l’enfant. Le tabac aggrave également ces deux maladies. Le lieu de vie joue aussi un rôle : le code postal influence le risque d’exacerbation et d’hospitalisation. » Ces effets résultent d’un véritable « effet cocktail ». Les patients sont exposés à plusieurs facteurs simultanément : pollution, pollens, environnement professionnel, conditions de vie ou encore tabagisme. C’est l’accumulation de ces expositions qui peut conduire à l’hospitalisation. Le pneumologue poursuit : « on sait également que la chaleur et les vagues de canicule aggravent les risques, notamment en ville à cause des îlots de chaleur. À l’inverse, l’étude montre que les espaces verts et les points d’eau jouent un rôle protecteur en contribuant à réguler la température. Ainsi, la ville idéale pour la santé respiratoire serait donc une ville très verte, avec des espaces d’eau et moins de béton. La campagne n’est toutefois pas systématiquement plus favorable : vivre près d’élevages intensifs ou de zones d’épandage, notamment viticoles, peut aussi augmenter les risques. L’objectif est donc de favoriser un environnement offrant les meilleures conditions possibles pour les bronches. »

L’environnement végétalisé joue également un rôle protecteur. « Se mettre au vert » pour mieux respirer n’est pas un mythe, même si la campagne peut elle aussi être polluée. Pour les personnes vivant en ville, l’enjeu est donc de trouver un équilibre entre espaces verts et zones bâties, avec notamment la présence de végétation et de milieux aquatiques. La proximité d’un grand axe routier est, à l’inverse, associée à davantage de maladies bronchiques et de complications pulmonaires. « La ville n’est donc pas nécessairement défavorable à la santé respiratoire, conclut Frédéric Le Guillou. Une agglomération offrant un bon équilibre entre végétation et constructions peut constituer un environnement favorable, tout en permettant l’accès aux ressources et aux soins, et en favorisant une bonne qualité de vie. » Et à ce sujet, « les inégalités sociales et environnementales se combinent, indique Séverine Deguen. Les populations les plus défavorisées vivent souvent à proximité de zones exposées à la pollution, au trafic routier, au bruit ou à d’autres nuisances. Toutefois, ce constat ne s’applique pas à tous les territoires. Le point essentiel est que, même à niveau d’exposition comparable, les populations défavorisées subissent des effets sanitaires plus importants en raison de leur vulnérabilité, liée à l’accumulation de facteurs sociaux et environnementaux. »

Une étude menée à Paris par Séverine Deguen et ses collèges (INSERM ; EHESP) illustre cette vulnérabilité différenciée : l’exposition au dioxyde d’azote (NO₂) au cours des cinq jours précédant le décès était associée à une hausse de 0,94 % du risque de mortalité toutes causes confondues. Ce risque atteignait 3,14 % chez les personnes vivant dans les quartiers les plus défavorisés et 4,84 % dans ces mêmes quartiers lorsque l’exposition chronique au NO₂ était élevée. À exposition comparable, les effets sanitaires peuvent donc être plus importants dans les populations socialement défavorisées.

L’éducation thérapeutique, pour « devenir son propre médecin »

La prise en charge des facteurs qui aggravent la santé respiratoire doit dépasser les seuls traitements médicamenteux. « L’éducation thérapeutique permet de rendre les patients acteurs de leur maladie et de leur environnement, mentionne colas Tchérakian. Ils apprennent notamment à limiter les expositions nocives, à mieux gérer leur maladie et à développer leur autonomie. L’alimentation joue également un rôle dans l’évolution des maladies respiratoires. Une alimentation riche en produits ultra-transformés peut aggraver l’asthme, tandis que le régime méditerranéen est associé à une diminution des complications. La sensibilité à l’environnement respiratoire dépend donc aussi du mode de vie. » Cette approche globale, qualifiée d’« holistique », prend en compte l’ensemble de la vie du patient, y compris ses conditions sociales. Des assistantes sociales peuvent intervenir lorsque des difficultés liées au logement, aux ressources ou à d’autres facteurs sociaux compliquent la prise en charge.

Christiane Pochulu, patiente experte souffrant d’une BPCO et sous oxygène peut le confirmer : « Après une formation de patiente experte, j’ai appris à mieux comprendre l’exposome et l’influence de mon environnement sur ma maladie. Diagnostiquée il y a 11 ans, je me posais au début beaucoup de questions face aux épisodes d’essoufflement, de toux ou de production accrue de mucus. Avec le temps, j’ai appris à observer mon environnement et à identifier mes facteurs déclenchants. À l’extérieur, je suis notamment sensible au froid, au vent, aux fortes chaleurs, à la pollution, au pollen et à l’humidité. J’ai aussi constaté que la fumée, notamment celle du chauffage au bois, pouvait aggraver mes symptômes. Certains facteurs se combinent et peuvent augmenter fortement les risques : une vague de froid avec du vent et des fumées de cheminée, ou encore une canicule associée à l’ozone, à une circulation importante ou aux fumées d’incendie. » Christiane également appris à agir sur les facteurs qu’elle peut maîtriser : « je ne fume plus et j’évite la fumée des autres, car elle a un impact direct sur ma santé respiratoire. J’ai aussi déménagé pour améliorer mon environnement de vie. J’habite désormais au-dessus d’une ligne de tramway bordée de deux rangées de tilleuls, qui contribuent à réduire l’exposition à la pollution. Au fil du temps, j’ai également suivi des stages de réadaptation respiratoire dans les Alpes et les Pyrénées. »

La littératie en santé, « le déterminant de tous les déterminants »

Une enquête menée par Banlieues santé auprès de près de 200 associations partenaires, réparties dans une quarantaine de départements et intervenant dans les quartiers prioritaires, a permis de mieux comprendre les préoccupations des habitants. Ces associations, très diverses (clubs de sport, aide aux devoirs, associations citoyennes…), sont au plus près des populations et bénéficient de leur confiance. « Malgré les difficultés liées au logement, aux ressources ou à l’aide alimentaire, la santé physique et mentale constitue la première préoccupation des habitants, devant l’aide alimentaire, le logement et les questions économiques, révèle Yassine Ennomany. Les populations vivant dans des territoires marqués par les inégalités sont fortement préoccupées par leur santé physique et mentale et souhaitent pouvoir l’améliorer. » De plus, cette enquête permet d’introduire la notion de littératie en santé. Celle-ci désigne la capacité à accéder à une information de santé, à la comprendre, à l’évaluer et, surtout, à la mettre en pratique au quotidien. Elle constitue ainsi un déterminant transversal qui influence l’ensemble des autres déterminants de santé. « L’enjeu est donc de permettre aux personnes de mieux comprendre les informations de santé et d’agir avec elles, en tenant compte de leur réalité quotidienne », glisse Yassine Ennomany.

L’objectif de la littératie en santé est de donner aux personnes la capacité de comprendre et d’agir, sans les culpabiliser. « La responsabilité doit aussi être déplacée vers les professionnels et les chercheurs, signale Christiane Pochulu, à eux de proposer des messages clairs, concrets, accessibles et adaptés aux réalités quotidiennes, plutôt que des recommandations longues ou difficiles à appliquer. » Dans le champ de la santé respiratoire, cela signifie par exemple expliquer simplement comment réduire les sources de pollution dans le logement : aérer régulièrement, ne pas boucher les grilles d’aération et favoriser la circulation de l’air.

La prévention passe aussi par des gestes très concrets. « Je surveille la qualité de l’air extérieur et j’adapte mes activités en fonction du niveau de pollution extérieure (sortir moins longtemps, éviter les axes très fréquentés ou reporter certaines activités), poursuit-elle. Pour l’air intérieur, j’ai utilisé un capteur de pollution chez moi. J’ai constaté que le dioxyde de carbone augmente rapidement après quelques heures dans une pièce, ce qui m’a conduite à aérer trois fois par jour plutôt que seulement matin et soir. J’évite aussi d’aérer aux heures de pointe, lorsque la circulation est importante, et privilégie le milieu de matinée ainsi que le soir avant de me coucher. J’ai également supprimé de mon logement les produits destinés à parfumer l’air : bougies parfumées, papier d’Arménie, diffuseurs d’huiles essentielles et sprays. Le propre ne nécessite pas de parfum. J’ai aussi changé mes produits d’entretien, car certains produits industriels émettent des substances pouvant être nocives pour les poumons. J’utilise désormais seulement trois produits : du vinaigre blanc, du savon noir de Marseille et du bicarbonate de soude. Cela suffit pour entretenir efficacement mon logement. Depuis que j’ai installé une climatisation, je veille particulièrement à son entretien, car elle peut favoriser les moisissures et les champignons si elle est mal entretenue. J’utilise également un bronchodilatateur de secours les jours où l’« exposome » est particulièrement gênant. »

Pour préserver la qualité de l’air intérieur, il faut aérer régulièrement son logement et vérifier le bon fonctionnement de la ventilation mécanique ainsi que de l’installation de chauffage. « Le logement doit être nettoyé, mais pas désinfecté à outrance, met en garde le Dr Le Guillou. Les sprays désinfectants peuvent eux-mêmes émettre des polluants et dégrader la qualité de l’air. De même, les « dépolluants » et les bougies parfumées qui prétendent assainir l’air sont un mythe : ils constituent eux-mêmes des sources de pollution. » L’humidité doit également être surveillée, en particulier en cas de maladie respiratoire. « Elle doit idéalement se situer entre 40 et 60 %, précise-t-il. Un air trop humide favorise les moisissures et les acariens, tandis qu’un air trop sec assèche les voies respiratoires et peut aggraver les symptômes. » 

Au-delà des facteurs qui aggravent la santé respiratoire, cette récente étude de Banlieues santé met aussi en évidence des éléments protecteurs. « Le vécu du patient et sa capacité à connaître son environnement sont essentiels, renchérit Yassine Ennomany. L’éducation thérapeutique et la littératie en santé permettent justement de mieux comprendre sa maladie et d’agir sur les facteurs que l’on peut maîtriser. » « La prévention passe aussi par le suivi médical, rappelle Colas Tchérakian. Mesurer régulièrement son souffle est essentiel pour connaître sa fonction respiratoire et suivre son évolution. » 

Agir là où les vulnérabilités se cumulent

Pour réduire les inégalités de santé, il faut prendre en compte la vulnérabilité des territoires et ne pas se limiter à un simple diagnostic. Pour Séverine Deguen, « cela suppose de croiser les données environnementales, sociales et de santé afin d’identifier les territoires où ces facteurs s’accumulent et renforcent la vulnérabilité. » Cette approche peut guider les collectivités dans leurs actions pour améliorer la qualité de l’air, en associant notamment les associations de surveillance de la qualité de l’air, les observatoires et les réseaux de santé. L’objectif est de construire des politiques qui améliorent l’environnement sans renforcer les inégalités sociales de santé. Elle ajoute : « il faut donc pouvoir identifier les quartiers les plus vulnérables et y adapter les interventions, c’est le principe de l’« universalisme proportionné » : l’action concerne l’ensemble du territoire, mais son intensité est adaptée au niveau de vulnérabilité des populations. » Une approche qui permet d’intégrer l’équité directement dans les politiques et les interventions de santé.

A ce sujet, Yassine Ennomany plaide pour l’approche participative, qui consiste à intégrer la santé dans la vie quotidienne et à travailler directement avec les associations locales. Il s’agit de leur transmettre des informations simples sur les problématiques de santé de leur territoire (par exemple, une prévalence de l’asthme supérieure de 7 %) afin qu’elles puissent ensuite agir auprès des habitants. Ainsi, pour rapprocher les populations du système de soins, et mieux informer les populations, Banlieues Santé a créé les Ambassadrices santé. Ce sont des habitantes du territoire, issues de la population générale, souvent engagées dans des associations comme bénévoles ou bénéficiaires. « Elles participent ainsi à une forme de démocratie sanitaire en s’appropriant les questions de santé et en transmettant leurs connaissances autour d’elles », développe-t-il. Elles suivent une formation de 8 mois consacrés à l’activité physique, l’alimentation, la santé sexuelle, les écrans et le système de santé, etc. Une fois formées, elles interviennent sur les marchés, lors de fêtes de quartier, de forums de santé ou d’autres événements locaux. Elles proposent des activités très concrètes, par exemple un jeu permettant d’identifier, à partir des produits présents dans un logement, ce qui peut nuire à la santé respiratoire. Elles parlent de santé avec leur propre langage et leur expérience, ce qui facilite le dialogue avec les habitants. Leur activité est rémunérée, ce qui leur apporte un complément de revenu tout en répondant à un double objectif : réduire les inégalités sociales de santé et favoriser l’accès à l’information et aux soins. Les premiers retours montrent que ces changements peuvent avoir des effets concrets sur la santé, certaines familles rapportant une diminution des crises d’asthme chez leurs enfants. 

Une approche particulièrement pertinente, remarque le Pr Tchérakian : « même une clinique universitaire peut avoir des difficultés à aller vers les populations et à intégrer la prévention dans leur quotidien. Or, les pairs sont souvent les mieux placés pour transmettre des messages de santé. Ces ambassadrices santé constituent donc un maillon important entre les professionnels de santé et les habitants. Elles connaissent leur territoire, leurs conditions de vie et leurs préoccupations. Leur intervention permet ainsi de faire entrer la prévention et la littératie en santé dans des lieux où une approche médicale classique aurait plus de difficultés à atteindre les populations. »  

 « À Banlieues Santé, nous restons optimistes face aux inégalités de santé. Certains facteurs peuvent être modifiés très concrètement, via une information claire et des politiques publiques, lance Yassine Ennomany. De la même manière que les facteurs négatifs peuvent se cumuler, les facteurs positifs peuvent aussi s’additionner : activité physique, alimentation, convivialité, lien social, accès aux soins. C’est cette capacité à renforcer les facteurs protecteurs qui guide notre action à Banlieues Santé. » Une note d’espoir partagée par les pneumologues Le Guillou et Tchérakian : « nous disposons de plusieurs leviers. Certains ne dépendent pas directement de nous, comme la pollution extérieure ou les îlots de chaleur, mais ils relèvent aussi du domaine de la santé et nécessitent une mobilisation collective. »

Il faut aussi éviter toute culpabilisation, notamment envers les fumeurs, pointe le Pr Tchérakian : « le tabagisme est une addiction. Il est également lié aux inégalités socio-économiques. Les fumeurs ne doivent pas renoncer à consulter par peur d’être jugés ou culpabilisés. Ils sont malades et nous sommes là pour les aider, pas pour les juger. Il faut donc les encourager à venir consulter et à demander de l’aide. »

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