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Mois sans tabac 2026. Arrêter de fumer : de la cytisinicline aux psychédéliques, quels médicaments pour demain ?

Novembre approche, et avec lui le Mois sans tabac 2026. Plus d’un fumeur quotidien sur deux souhaite arrêter de fumer, selon Santé publique France. Pour ceux qui se lancent, des traitements efficaces existent déjà, trop peu utilisés ou de manière peu optimisée. Et d’autres pointent à l’horizon : un médicament – la cytisinicline – attendu prochainement, une substance psychédélique et des molécules venues du diabète et de l’obésité. Tour d’horizon.

Cytisinicline : bientôt en pharmacie ?

La cytisine, aussi appelée cytisinicline (nom commercial Liberostin), a reçu en 2025 son autorisation de mise sur le marché (AMM), c’est-à-dire le feu vert officiel pour être vendue. Puis en mai 2026, la Commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) a donné un avis favorable, avec un remboursement à 35 % par l’Assurance maladie. Son prix est encore en discussion : ce médicament pourrait donc bientôt être disponible en France.

La cytisine est un alcaloïde, c’est-à-dire une substance naturelle fabriquée par certaines plantes. Ici, il s’agit d’arbustes de la famille des Fabacées, comme le cytise (Laburnum anagyroides) (cf photo). En Europe de l’Est, on s’en sert depuis longtemps pour aider à arrêter de fumer. C’est à partir de cette molécule qu’ont été créés les « agonistes partiels des récepteurs à la nicotine » : des médicaments qui agissent sur les mêmes cibles que la nicotine, mais avec moins de force qu’elle. En modifiant la structure de la cytisine, les chercheurs ont notamment allongé la durée de son effet. Ces travaux ont donné naissance à la varénicline (Champix, déjà commercialisé en France), qui agit plus longtemps. Concrètement, la varénicline s’accroche à certains récepteurs du cerveau, qui sont en quelque sorte les « portes d’entrée » de la nicotine. Elle empêche ainsi la nicotine de les activer complètement et de stimuler le circuit de la récompense. Celui-ci est à l’origine du plaisir ressenti en fumant et de la dépendance.

Récemment, la cytisine a suscité un regain d’intérêt et a été rebaptisée cytisinicline, un nom proche de varénicline pour montrer qu’elles sont de la même famille.
Les études scientifiques sur la cytisinicline suggèrent une efficacité comparable à la varénicline. Pour rappel, la varénicline multiplie par deux à trois les chances d’arrêter de fumer par rapport à un placebo (1). Dans l’un des principaux essais, après 12 semaines de traitement par cytisinicline, près d’un participant sur trois n’avait pas fumé une seule cigarette entre la 9e et la 12e semaine, contre seulement 7 % de ceux qui avaient pris un placebo (2).

Du côté des effets indésirables, les troubles digestifs, et surtout les nausées, semblent moins fréquents qu’avec la varénicline. Cela pourrait s’expliquer par le fait que la cytisinicline est éliminée plus vite par l’organisme. Revers de la médaille, il faut la prendre plus souvent : cinq à six fois par jour en début de traitement, contre une à deux fois pour la varénicline. Quelle place pour la cytisinicline ? Ce sera une solution de plus, en cas d’effets indésirables sous varénicline ou selon ce que préfère la personne quant au nombre de prises.

Récemment, de nouveaux résultats ont été présentés au congrès de l’American College of Chest Physicians (CHEST) le 21 octobre 2026 à Phoenix (États-Unis) : après un an de suivi, environ un tiers des anciens fumeurs et vapoteurs traités par cytisine n’avaient toujours pas repris. Aucun nouveau problème de sécurité n’est apparu, les effets indésirables les plus fréquents étant des rêves anormaux, des insomnies et des maux de tête.

Psychédéliques : une piste à l’étude

Depuis une dizaine d’années, la psychiatrie s’intéresse de nouveau aux psychédéliques, des substances qui modifient la perception, la pensée et les émotions. Avant d’être abandonnées, elles avaient fait l’objet de travaux suggérant un intérêt dans plusieurs maladies psychiatriques. Des essais reprennent aujourd’hui, par exemple dans les dépressions qui résistent aux traitements.

En addictologie, des résultats récents laissent espérer un bénéfice contre la dépendance à l’alcool ou à d’autres drogues. Pour le tabac, les essais sont plus rares. Pionnier dans ce domaine, Matthew Johnson (université Johns-Hopkins, Baltimore, États-Unis) a mené les premières études contrôlées et observé un signal d’efficacité de la psilocybine, la substance active des champignons hallucinogènes, pour arrêter de fumer.

Le principe consiste à donner de la psilocybine de façon ponctuelle, dans un cadre strictement médical, pour limiter le risque de mauvaises expériences, dites dysphoriques, et surveiller la tolérance. Les séances sont encadrées, dans un lieu aménagé pour éviter les stimulations désagréables et créer un climat rassurant. L’effet du produit est associé à un accompagnement psychothérapeutique.

D’après les études préliminaires disponibles, à confirmer sur de plus grands groupes de patients, les taux d’arrêt du tabac avec la psilocybine sont supérieurs à ceux obtenus avec certains traitements de référence, comme le patch de nicotine à 21 mg. Dans un essai pilote publié dans le JAMA en mars 2026 (3) et dirigé par le Pr Johnson, les 42 participants ayant reçu de la psilocybine avaient plus de six fois plus de chances de ne pas avoir refumé six mois plus tard que les 40 participants traités par patch de nicotine.

Comment agirait-elle ? Les chercheurs avancent des effets à la fois biologiques et liés au vécu des patients. Sur le plan biologique, la psilocybine active certains réseaux du cerveau*, ce qui pourrait modifier la capacité du cerveau à remodeler ses connexions, en l’occurrence aider à réorganiser les circuits liés à la dépendance. En parallèle, les patients rapportent des expériences intenses, avec des changements profonds dans la perception d’eux-mêmes et de leur environnement, parfois une remise en question de leurs priorités et de leur façon de penser. Cette dimension, qui peut toucher à l’existentiel ou au spirituel, est aussi considérée comme un levier possible pour changer de comportement, notamment pour arrêter le tabac.

Agonistes du récepteur du GLP-1 : une aide contre les fringales et les kilos ?

Les données sont encore limitées sur l’effet direct des agonistes du récepteur du GLP-1 – ou médicaments de l’obésité, déjà utilisé dans le diabète de type 2 – sur l’arrêt du tabac (4). Ces médicaments, au départ destinés au diabète, imitent une hormone digestive qui agit sur l’appétit. L’idée qu’ils puissent réduire les comportements addictifs et l’envie irrépressible de nicotine n’est pas démontrée à ce jour (5). En revanche, ils pourraient être utiles indirectement chez les patients qui, d’une part, relèvent déjà de leurs indications officielles (diabète, surpoids ou obésité, avec ou sans autres maladies associées) et, d’autre part, craignent de grossir en arrêtant de fumer (6).

En effet, sans nicotine, le corps dépense en effet un peu moins d’énergie au repos (baisse du métabolisme de base), ce qui explique en partie la prise de poids lors du sevrage. Le manque peut aussi provoquer des fringales, surtout d’aliments sucrés et gras. En moyenne, on prend 4 à 5 kg un an après l’arrêt, mais les écarts sont importants : environ 16 % des ex-fumeurs perdent du poids et 13 % prennent plus de 10 kg (7). Les agonistes du récepteur du GLP-1, connus pour couper l’appétit et modifier les préférences alimentaires, avec moins d’attirance pour le gras et le sucré, pourraient aider à limiter ces effets chez certains patients. Des données préliminaires suggèrent d’ailleurs un effet possible sur le contrôle de l’alimentation pendant le sevrage.

En pratique, pour lutter contre les fringales pendant le sevrage, les spécialistes misent sur une augmentation du métabolisme de base de la personne – autrement dit plus se dépenser physiquement, bouger – et sur un ajustement du traitement de substitution nicotinique (patchs, gommes…), au plus près du besoin individuel en nicotine de chaque fumeur, afin de corriger une dose de nicotine trop faible, ce qui est souvent le cas.

Une dose bien ajustée, parfois associée à d’autres médicaments comme la varénicline ou le bupropion (un antidépresseur également prescrit pour aider à arrêter de fumer), permet le plus souvent d’éviter ou de nettement réduire la prise de poids et les envies alimentaires compulsives.

Hélène Joubert

D’après l’interview de la Dre Alice Deschenau, présidente de la Société francophone de tabacologie (SFT), psychiatre et cheffe du service Addictions (GH Paul-Guiraud, Villejuif) (septembre 2026).

* notamment par le biais des récepteurs de la sérotonine 5-HT2A

Références :

(1) Livingstone-Banks J, Fanshawe TR, Thomas KH, Theodoulou A, Hajizadeh A, Hartman L, Lindson N. Nicotine receptor partial agonists for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2023, Issue 6. Art. No.: CD006103.

(2) Rigotti NA, Benowitz NL, Prochaska J, et al. Cytisinicline for Smoking Cessation: A Randomized Clinical Trial. JAMA. 2023 Jul 11;330(2):152-160.

(3) Johnson MW, Naudé GP, Hendricks PS, et al. Psilocybin or Nicotine Patch for Smoking Cessation: A Pilot Randomized Clinical Trial. JAMA Netw Open. 2026 Mar 2;9(3):e260972. 

(4) Yammine L, de Dios C, Suchting R, et al. Exploring Predictors of Treatment Response to GLP-1 Receptor Agonists for Smoking Cessation. Nicotine Tob Res. 2025 Jun 23;27(7):1294-1300. 

(5) Hendershot CS, Bremmer MP, Paladino MB, et al. Once-Weekly Semaglutide in Adults With Daily Cigarette Use: A Randomized Clinical Trial. JAMA Netw Open. 2026 May 1;9(5):e2614898. 

(6) Lüthi H, Lengsfeld S, Burkard T, et al. Effect of dulaglutide in promoting abstinence during smoking cessation: 12-month follow-up of a single-centre, randomised, double-blind, placebo-controlled, parallel group trial. EClinicalMedicine. 2024 Feb 9;68:102429. 

(7) Aubin HJ, Farley A, Lycett D, Lahmek P, Aveyard P. Weight gain in smokers after quitting cigarettes: meta-analysis. BMJ. 2012 Jul 10;345:e4439.

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