Dans le syndrome des apnées du sommeil, la prise en charge évolue sans rompre avec ses fondamentaux. Les traitements de référence – pression positive continue et orthèses d’avancée mandibulaire – gagnent en performance et cherchent à mieux accompagner le patient. En parallèle, la stimulation du nerf hypoglosse, récemment remboursée par l’Assurance maladie, peut être proposée chez certains patients, tandis que les pistes pharmacologiques sont nombreuses et variées. Une médecine plus personnalisée se dessine.
Dans la prise en charge du syndrome des apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) sévère, le traitement validé – la pression positive continue (PPC) – évolue. Les solutions digitales dédiées aux patients – sous forme d’applications – et aux professionnels de santé via des plateformes de télésuivi, renforcent le suivi, l’implication du patient et l’efficacité thérapeutique, tandis que les masques de PPC évoluent vers davantage de confort. L’innovation thérapeutique ne se limite donc pas aux perspectives : elle transforme aussi ce standard de traitement déjà disponible et remboursé. C’est également le cas pour l’orthèse d’avancée mandibulaire (OAM), dispositif validé en première intention dans les formes modérées sans maladies associées (comorbidités), et une alternative de seconde ligne en cas de refus ou d’échec de la PPC. Elle évolue elle aussi, portée par le numérique et le renforcement de l’accompagnement du patient.
La thérapie « myofonctionnelle », un traitement complémentaire à préciser
La thérapie myofonctionnelle consiste en un ensemble d’exercices ciblant les muscles oro-faciaux et de la langue (langue, voile du palais, muscles pharyngés). L’objectif est de renforcer et de rééduquer ces muscles afin d’améliorer le maintien des voies aériennes ouvertes pendant le sommeil et de réduire leur collapsus (affaissement des voies aériennes supérieures, surtout le pharynx) pendant le sommeil.
Les apnées obstructives du sommeil peuvent être liées à un fonctionnement insuffisant des muscles dilatateurs des voies aériennes supérieures. L’idée générale est que la thérapie myofonctionnelle pourrait améliorer certains symptômes de l’apnée du sommeil, en particulier la qualité du sommeil et la somnolence, mais avec un effet plus limité sur la réduction des événements respiratoires. Une synthèse récente des études publiées sur le sujet (méta-analyse) a conclu à une amélioration des symptômes rapportés par les patients, notamment la somnolence diurne et la qualité du sommeil. En revanche, l’effet sur l’indice d’apnées-hypopnées (IAH) reste globalement non significatif dans les analyses principales (avec des signaux positifs lorsque les exercices sont réalisés de manière intensive, plus de 30 minutes par jour). Pour les auteurs, la thérapie myofonctionnelle semble une approche complémentaire, surtout utile sur les symptômes et la qualité de vie, avec un impact plus incertain sur la sévérité objective de l’apnée du sommeil.
Stimulation du nerf hypoglosse : des bénéfices persistants à trois ans dans les apnées obstructives du sommeil
Le nerf hypoglosse est un nerf crânien responsable du contrôle moteur de la langue. Il commande les muscles qui permettent les mouvements de celle-ci : parler, avaler, et maintenir une position adéquate de la langue au repos. Au cours du sommeil, son rôle est central car il participe au maintien de l’ouverture des voies aériennes.
La stimulation de la partie proximale du nerf hypoglosse (la partie la plus proche de son origine) par un très faible courant électrique semble conserver une efficacité sur au moins trois ans dans le traitement du syndrome des apnées du sommeil, d’après une étude parue en mai 2026 dans la revue scientifique Chest.
Son fonctionnement : le nerf hypoglosse est activé par un très faible courant électrique délivré par une pile de façon contrôlée pendant le sommeil afin d’éviter que la langue ne retombe vers l’arrière et n’obstrue le pharynx. Une sonde est placée par voie chirurgicale au niveau du cou et est reliée à la pile située au niveau de la paroi thoracique (comme un pacemaker). Le dispositif est activé au coucher par le patient et désactivé au réveil.
Dans cette nouvelle étude, la stimulation du nerf hypoglosse a montré un bénéfice sur les principaux paramètres de l’apnée du sommeil, dès les premiers mois de traitement. Après quatre mois, une amélioration de l’indice d’apnées-hypopnées (IAH) et de l’indice de désaturation en oxygène (IDO) est observée. Trois quarts des patients ont poursuivi le suivi sur trois ans. Les troubles respiratoires nocturnes se sont nettement améliorés et l’effet s’est maintenu dans le temps. Les apnées obstructives (arrêt total du flux d’air) ont quasiment disparu et les hypopnées (réduction du flux d’air) ont fortement diminué. L’indice de désaturation en oxygène a diminué.
Les chercheurs ont également observé une amélioration durable de la structure du sommeil, de la somnolence diurne et de la qualité de vie. Le score de somnolence (ESS) a diminué de 11,2 à 6,5 points à trois ans, tandis que celui de qualité du sommeil (FOSQ-10) est passé de 15 à 18,3 points et celui de qualité de vie de 78,3 à 82,9 points.
Ces résultats sont comparables à ceux obtenus avec la stimulation non plus « proximale » mais « distale » du nerf hypoglosse (la plus éloignée de son origine, le plus loin du cerveau). Actuellement en France, et depuis récemment, seul le dispositif de stimulation de la partie « distale » du nerf hypoglosse est pris en charge par l’Assurance maladie en 3e intention après la pression positive continue et l’orthèse d’avancée mandibulaire. Il s’agit du système Inspire® (Inspire Medical Systems). Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), la stimulation du nerf hypoglosse est indiquée dans le traitement du SAHOS modéré à sévère (IAH entre 15 et 50 événements/heure) chez des patients sélectionnés : indice de masse corporelle (IMC) < 32 kg/m² et échec des traitements de référence (PPC et OAM).
Son efficacité dépend du type de syndrome d’apnées du sommeil et du poids. Elle est moins efficace pour les syndromes très sévères (IAH > 50/h) et avec un IMC de plus de 32 kg/m². L’indication peut néanmoins être discutée au cas par cas, en l’absence d’alternative thérapeutique.
La thérapie Inspire repose sur un implant de type pacemaker placé sous la clavicule, relié à une sonde de détection respiratoire thoracique et à une électrode stimulant le nerf hypoglosse au niveau de la langue. L’intervention chirurgicale dure environ deux heures. Une fois le dispositif implanté, le patient l’active chaque soir avant le coucher à l’aide d’une télécommande. La stimulation électrique se déclenche automatiquement au moment de l’inspiration, en synchronisation avec le cycle respiratoire détecté par l’électrode thoracique, afin d’activer les muscles de la base de la langue et de dégager les voies aériennes.
L’essai STAR a démontré la sécurité et l’efficacité de la thérapie, avec une réduction d’environ 78 % des événements d’apnée-hypopnée à un an chez 126 patients implantés. L’IAH passe de 29 à 9 sous stimulation. L’effet persiste dans le temps, avec un IAH autour de 6 à trois et cinq ans. Cette amélioration s’accompagne d’une diminution de la somnolence diurne : le score d’Epworth passe de 11 à 6 à un an, repassant dans une zone considérée comme normale (< 10).
Actuellement en développement, la stimulation du nerf hypoglosse, réalisée à travers la peau (voie percutanée) avec une électrode implantée de manière moins invasive que les dispositifs actuels, pourrait améliorer l’ouverture des voies aériennes chez les patients atteints d’apnées obstructives du sommeil. A suivre.
En résumé, ces thérapies de stimulation physique occupent une place croissante. Elles visent à activer les muscles dilatateurs des voies aériennes supérieures (au niveau du pharynx) afin d’améliorer leur perméabilité pendant le sommeil et de réduire les événements respiratoires.
Les principales approches étudiées incluent la stimulation du nerf hypoglosse mais d’autres approches sont à l’étude, comme la stimulation électrique transcutanée, la stimulation neuromusculaire intra-orale et la stimulation magnétique transcrânienne. Les données disponibles montrent une réduction de l’indice d’apnées-hypopnées (IAH) et de l’indice de désaturation en oxygène, ainsi qu’une amélioration de la somnolence diurne et de la qualité du sommeil. Ces techniques apparaissent donc comme des options complémentaires ou alternatives dans certains cas à la PPC. Leur potentiel thérapeutique est prometteur mais elles sont encore en cours de validation clinique.
Références :
- Schwartz AR, Jacobowitz O, Mickelson SA, et al. Three-Year Outcomes of Proximal Hypoglossal Nerve Stimulation in OSA. Chest. 2026 May;169(5):1357-1370.
- HAS – CNEDiMTS, INSPIRE IV, avis relatif à l’inscription LPPR, 29 mars 2022, utilisé pour l’arrêté du 17 juillet 2024 (JO du 19 juillet 2024, effet 11 août 2024)
- Woodson BT, Soose RJ, Gillespie MB, et al. Three-year outcomes of cranial nerve stimulation for obstructive sleep apnea: the STAR trial. Otolaryngology–Head and Neck Surgery, jan 2016;154(1):181-8.
- Osman A, Carney A, Ooi E, et al. Effect of Novel Hypoglossal Stimulation on Airflow and Airway Collapsibility in OSA. CHEST, 2025; 169, 257-268
- Yang G, Rao M, Li G, et al. Electric stimulation and transcranial magnetic stimulation for obstructive sleep apnea. Eur J Med Res. 2026 Feb 22. doi: 10.1186/s40001-026-04097-2. Epub ahead of print. PMID: 41724994.
Lutter contre la somnolence
En France, 2 millions de patients atteints d’apnées du sommeil sont traités par pression positive continue (PPC). Parmi eux, 10 % présentent une somnolence diurne (c’est à dire en journée) persistante malgré un traitement bien conduit. Ces personnes sont davantage exposées au risque d’accidents. Il est nécessaire de les identifier et de les prendre en charge.
Il faut différencier « somnolence » (rester éveillé est difficile, avec micro-endormissements) et « fatigue », qui est plutôt une perte de concentration.
Avant tout recours à un traitement médicamenteux, la somnolence liée à certains comportements doit être écartée. L’hygiène de sommeil doit être vérifiée, le traitement optimisé (PPC, OAM), et les autres diagnostics pouvant expliquer cette somnolence éliminés. Ce n’est qu’à ce stade qu’un médicament « stimulant de la vigilance » peut être envisagé. Parmi les options disponibles, deux médicaments sont remboursés en France chez les personnes ayant des apnées du sommeil et conservant une somnolence résiduelle. Ils doivent être prescrits par des médecins spécialisés. Le pitolisant (Ozawade, Bioprojet) peut être prescrit chez des patients traités ou non par PPC et le solriamfétol (Sunosi) est réservé aux patients apnéiques observants de leur PPC.
Apnées du sommeil positionnelle : une alternative mieux tolérée à la PPC, mais moins efficace
Un dispositif s’est montré efficace chez des patients atteints d’apnées du sommeil qui surviennent surtout selon la position adoptée pendant le sommeil (en particulier sur le dos), avec une efficacité inférieure à celle de la PPC, mais une meilleure tolérance.
- NightBalance est un dispositif positionnel de petite taille, porté sous le torse à l’aide d’une ceinture. Équipé d’un capteur, il délivre des vibrations d’intensité progressivement croissante, permettant une habituation, afin d’inciter le patient à adopter une position latérale.
- Pasuldo est un dispositif autre positionnel, en mousse, porté comme un sac à dos horizontal, qui va caler la personne sur le côté et empêcher le sommeil sur le dos.
- D’autres dispositifs sont à l’étude.
Une étude a comparé deux traitements chez 184 patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil positionnelle : la pression positive continue (PPC) et un dispositif de thérapie positionnelle. Après six mois :
- Les deux traitements améliorent la maladie, mais la PPC reste la plus efficace pour réduire les apnées.
- L’indice d’apnées-hypopnées passe en moyenne d’environ 23 à 4,6 sous PPC, contre environ 21 à 10,8 avec le dispositif positionnel.
- En revanche, la tolérance est nettement différente. Les patients supportent mieux le dispositif positionnel : très peu arrêtent le traitement, contre une proportion plus élevée sous PPC.
- Le confort ressenti est aussi supérieur avec le dispositif.
- Les deux traitements se traduisent par une amélioration de la somnolence diurne, sans différence notable entre eux.
- L’utilisation quotidienne est comparable dans les deux groupes, autour de six heures par nuit.
Un point original concerne un possible « apprentissage » du corps : certaines personnes ayant utilisé le dispositif positionnel continuent à mieux dormir sur le côté même après arrêt du dispositif, avec un effet qui persiste chez une partie d’entre eux pendant plusieurs semaines à quelques mois. En résumé, la PPC reste plus efficace sur les apnées, mais le dispositif positionnel est mieux toléré et pourrait convenir à une partie des patients, notamment dans les formes positionnelles de la maladie.
Références :
- Cano-Pumarega, L. Pozuelo-Sánchez, M.A. Yañez-Quintero, A, et al.Effect of a Positional Device in the Treatment of Positional Obstructive Sleep Apnea: A Randomized Controlled Trial: Pavlov Study, American Journal of Respiratory and Critical Care Medici
- Claire-Emmanuelle Petit-Frere, Charles Goddaert. Efficacité d’un dispositif thérapeutique type harnais dorsal dans le syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil positionnel. https://doi.org/10.1016/j.msom.2019.12.050
Des innovations pharmacologiques, à un horizon de 5 à 10 ans
Les recherches récentes sur les mécanismes des apnées obstructives du sommeil ont permis d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques, au-delà des seules anomalies anatomiques du pharynx. Parmi elles figurent des approches pharmacologiques visant à renforcer l’activité des muscles dilatateurs des voies aériennes supérieures, à réduire l’instabilité respiratoire et à améliorer la stabilité du sommeil, avec une respiration plus efficace pendant la nuit.
En dehors du cas particulier des analogues du GLP-1, d’ores et déjà disponibles chez des patients ayant des apnées du sommeil et en situation d’obésité, ces innovations pharmacologiques en développement ne devraient pas être disponibles avant 5 à 10 ans comme options spécifiquement dédiées aux apnées du sommeil. Leur efficacité et la durabilité des effets restent à confirmer à ce stade, tandis que leur bonne tolérance nécessite encore une évaluation approfondie.
Les analogues du GLP-1
Les analogues du GLP-1 sont des médicaments qui imitent une hormone intestinale (GLP-1) impliquée dans la régulation de l’appétit et de la glycémie (sémaglutide, tirzépatide). Ils sont utilisés notamment dans le diabète de type 2 et l’obésité (remboursés à 65 % par l’Assurance maladie depuis le 15 juin 2026 chez les personnes présentant un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 40 (obésité massive) sans maladie associée (comorbidité) et celles présentant un IMC égal ou supérieur à 35 (obésité sévère) avec comorbidité(s). Parmi les médicaments disponibles, le tirzépatide (Mounjaro) est une molécule plus récente qui agit à la fois sur les récepteurs du GLP-1 et d’une autre hormone essentielle, le GIP. Elle améliore le contrôle du poids et du métabolisme.
Dans une étude menée chez des patients non diabétiques souffrant d’apnées obstructives du sommeil, le tirzépatide a montré une efficacité sur la réduction des événements respiratoires nocturnes. L’étude SURMOUNT-OSA a été menée chez des patients atteints d’apnée obstructive du sommeil modérée à sévère et d’obésité. Chez eux, le tirzépatide a entraîné une réduction significative de l’indice d’apnées-hypopnées (IAH), du poids corporel, de la charge hypoxique (exposition globale du patient au manque d’oxygène pendant le sommeil, elle ne se limite pas au nombre d’apnées, mais intègre leur durée et leur profondeur), de la concentration de hsCRP (protéine mesurée dans le sang qui reflète un état d’inflammation général), avec une amélioration des paramètres rapportés par les patients concernant le sommeil.
L’amélioration observée sur les apnées passe par la perte de poids induite par le médicament. Le traitement ne permet pas, pour autant, de se substituer à la PPC.
Un article publié début 2026 résume : « l’obésité augmente la prédisposition anatomique aux apnées obstructives du sommeil. Ainsi, les nouveaux médicaments pour la perte de poids
pourraient réduire sa gravité chez environ 50 % des patients obèses. Ainsi, bien que ces thérapies puissent améliorer cette pathologie chez certains patients, leur efficacité globale est variable et difficile à prédire avec les outils cliniques actuellement disponibles. »
Il ne faut pas non plus oublier que chaque traitement peut avoir des effets indésirables potentiels à prendre en considération avant de débuter un traitement.
Références :
Malhotra A, Grunstein RR, Fietze I, et al; SURMOUNT-OSA Investigators. Tirzepatide for the Treatment of Obstructive Sleep Apnea and Obesity. N Engl J Med. 2024 Oct 3;391(13):1193-1205. Erratum in: N Engl J Med. 2024 Oct 17;391(15):1464.
L’association de deux médicaments aroxybutynine + atomoxétine
Parmi les autres pistes médicamenteuses dans les apnées du sommeil, il y a l’association de deux médicaments aroxybutynine + atomoxétine, qui montrent un bénéfice chez des adultes avec un SAHOS léger à sévère, qui ne tolèrent pas le traitement par pression positive continue (PPC) ou le refusent. Celle-ci s’est montrée globalement sûre et efficace, selon deux essais de phase III (SynAIRgy et LunAIRo)* présentés au congrès CHEST de l’American College of Chest Physicians (ACCP), fin 2025.
Cette stratégie pharmacologique combine deux mécanismes complémentaires : l’atomoxétine (un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline) et l’oxybutynine (un anticholinergique). En langage clair : la première augmente la noradrénaline (une substance du cerveau liée à l’éveil et à l’attention), et la seconde bloque certains signaux nerveux. L’objectif est de renforcer le tonus des voies aériennes supérieures pendant le sommeil afin de limiter les collapsus du pharynx responsables des apnées obstructives. Ce traitement, administré sous forme d’un comprimé en prise unique au coucher, cible la composante neuromusculaire des apnées obstructives du sommeil ainsi que la désaturation en oxygène qui y est associée.
Le dossier de cette combinaison médicamenteuse devrait être prochainement présenté aux autorités sanitaires américaines.
Les effets secondaires observés sont principalement cardiovasculaires (augmentation du rythme cardiaque et de la pression artérielle), des troubles du sommeil, la bouche sèche ou des troubles urinaires.
Pour améliorer plus encore la tolérance, une nouvelle molécule antimuscarinique (aroxybutynine) a été développée. Une association avec l’atomoxétine a montré une réduction d’environ 50 % de la sévérité des apnées en phase précoce. Deux essais de phase III viennent d’être finalisés avec des résultats positifs, et une demande d’autorisation pourrait être déposée prochainement auprès des autorités américaines. Ce serait alors le premier médicament ciblant directement les muscles des voies aériennes dans l’apnée du sommeil.
Références :
- Taranto-Montemurro L, Patel SR, Strollo PJ Jr, et al. Aroxybutynin and atomoxetine (AD109) for the treatment of obstructive sleep apnea: Rationale, design and baseline characteristics of the phase 3 clinical trials. Contemp Clin Trials Commun. 2025 Aug 17;47:101538.
- Eckert, D.J. Developments in Pharmacotherapy for Obstructive Sleep Apnoea: Unlocking the Potential for Targeted Treatment. Drugs 86, 143–159 (2026).
- Schweitzer PK, Taranto-Montemurro L, Ojile JM, et al. The combination of aroxybutynin and atomoxetine in the treatment of obstructive sleep apnea (MARIPOSA): a randomized controlled trial. Am J Respir Crit Care Med. 2023;208(12):1316–27
D'autres pistes de recherches
Des études animales ont identifié une nouvelle piste thérapeutique pour les apnées obstructives du sommeil : le blocage de certains canaux du potassium dans les cellules. L’objectif est de renforcer la sensibilité des capteurs des voies aériennes supérieures afin d’augmenter les réflexes qui activent les muscles respiratoires et limitent l’affaissement du pharynx pendant le sommeil, responsable du collapsus.
Les premières formulations (spray nasal) n’ont pas montré de bénéfice net sur la sévérité des apnées. Des versions plus puissantes ont ensuite été testées sous différentes formes d’administration (spray, gouttes, application directe), avec des effets physiologiques modestes mais réels, notamment une amélioration de la pression critique d’effondrement des voies aériennes (seuil de pression négative entraînant la fermeture des voies aériennes supérieures) et une réduction des besoins en PPC. Chez environ la moitié des participants, chez qui le traitement montrait des bénéfices, une amélioration de la sévérité des apnées et de la pression artérielle a été observée par rapport au placebo. Prudence, ce traitement reste une voie de recherche prometteuse, des recherches doivent être conduites pour renforcer encore son efficacité clinique.
Référence :
Osman AM, Toson B, Naik GR, et al. A novel TASK channel antagonist nasal spray reduces sleep apnea severity in physiological responders: a randomized, blinded, trial. Am J Physiol Heart Circ Physiol. 2024;326(3):H715–23.
Les recherches expérimentales
Les recherches précliniques c’est-à-dire expérimentales, explorent plusieurs nouvelles pistes pour traiter les apnées obstructives du sommeil. Elles ciblent directement l’activation des neurones qui contrôlent les muscles des voies aériennes supérieures. Il s’agit par exemple d’activer des récepteurs artificiels au moyen de médicaments spécifiques (DREADDs)* ou des techniques d’optogénétique (contrôler les neurones par la lumière).
Dans l’ensemble, ces approches visent toutes à augmenter l’activité des muscles dilatateurs du pharynx pendant le sommeil afin de réduire son affaissement. La grande majorité sont encore au stade expérimental, avec des niveaux de preuve d’efficacité et de développement très variables, souvent du domaine de l’expérimentation. D’autant que leur tolérance doit être strictement évaluée. À terme, l’association de plusieurs mécanismes pourrait être nécessaire pour obtenir une efficacité clinique optimale dans le traitement des apnées du sommeil.
* Récepteurs modifiés en laboratoire, introduits dans certaines cellules (souvent des neurones), qui ne répondent plus aux signaux naturels, mais uniquement à un médicament choisi.
Pour aller plus loin :
- L’ocytocine (souvent décrite comme une hormone du lien social, mais d’action bien plus large) administrée par spray nasal a également montré un potentiel modeste pour augmenter l’excitabilité des neurones moteurs des voies aériennes.
- Pour sa part, le sultiame est un antiépileptique qui agit en inhibant l’anhydrase carbonique (enzyme essentielle de l’organisme). Son effet passerait par deux mécanismes principaux : une réduction de l’instabilité du contrôle respiratoire c’est-à-dire une moindre tendance du système respiratoire à osciller de façon excessive, et une amélioration du tonus des muscles des voies aériennes supérieures, ce qui limite leur collapsus pendant le sommeil. Des données encore prélimnaires.
- Randerath W, Grote L, Stenlöf K et al. Sultiame once per day in obstructive sleep apnoea (FLOW): a multicentre, randomised, double-blind, placebo-controlled, dose-finding, phase 2 trial The Lancet, 2025; 406, 1983-1992
Affiner les stratégies thérapeutiques au profil de chacun
Avec l’ensemble de ces recherches, les apnées du sommeil entrent progressivement dans une logique de médecine de précision du sommeil. Cette évolution repose sur une prise en compte croissante des « phénotypes » de patients (les différents profils cliniques), afin d’identifier plus finement les stratégies thérapeutiques les plus susceptibles de succès.
C’est bien ce que plaident des chercheurs français : une prise en charge individualisée, fondée sur le profil de risque et les caractéristiques de chaque patient. Cette stratégie intègre des thérapies alternatives ou combinées. Parmi les options jugées prometteuses figurent l’activité physique mais aussi les pharmacothérapies à venir. Leur niveau de preuve reste toutefois hétérogène, avec des données encore limitées sur la tolérance, l’observance à long terme. Ces approches ne remplacent pas la pression positive continue (PPC), le traitement de référence. Elles s’inscrivent plutôt comme des compléments à cette thérapie validée et ouvrent la voie à des traitements plus personnalisés.
Références :