Que retenir du 21e congrès francophone d’allergologie (CFA, 21-24/04/26, Paris), le rendez-vous annuel de la communauté médicale allergologique francophone ? Nous l’avons suivi pour vous.
Tests négatifs mais allergie bien réelle : le piège de l’atteinte oculaire localisée

Les allergies locales des yeux sont plus fréquentes qu’on ne le pense. « Entre 15 et 20 % des allergies oculaires seraient des formes exclusivement locales, c’est-à-dire confinées à la conjonctive », chiffait la Dre Maria João Vasconcelos (Centro Hospitalar Universitário de São João, Porto, Portugal). L’allergie touche alors uniquement cette fine membrane transparente qui recouvre le blanc de l’œil et l’intérieur des paupières, sans concerner le reste de l’organisme. On parle de conjonctivite allergique locale ou d’allergie oculaire locale).
Un bilan allergologique négatif ne permet donc pas d’écarter totalement une allergie oculaire alors même que les patients présentent des symptômes typiques (démangeaisons intenses ou « prurit », yeux rouges, larmoiement) : les prick tests, qui sont des tests cutanés de dépistage des allergies ainsi que les dosage sanguins des IgE (anticorps impliqués dans les réactions allergiques)… tout est normal. « Dans ces situations, il peut s’agir d’une allergie limitée uniquement à l’œil, explique l’immuno-allergologue. La réaction allergique existe bel et bien, mais elle reste localisée à la conjonctive et n’est pas identifiée par les analyses habituelles :
Les tests allergologiques sont négatifs : les tests cutanés ne montrent rien et pourtant, une réaction allergique existe bien. Cette réaction apparaît après contact avec des allergènes de l’environnement (graminées, acariens…), sans qu’on puisse détecter une allergie dans le reste de l’organisme (« sensibilisation systémique »). Ce mécanisme explique pourquoi il est facile de passer à côté de cette allergie oculaire localisée. »
Les classifications les plus récentes de l’EAACI (European Academy of Allergy & Clinical Immunology) (2026) ont reconnu le concept d’allergie oculaire localisée au sein du groupe des conjonctivites allergiques saisonnières ou perannuelles (tout au long de l’année).
En pratique, cette forme d’allergie serait sous-diagnostiquée (environ 15 à 20 % des conjonctivites allergiques). « Le problème ne vient donc pas d’un manque de patients, mais plutôt d’une stratégie diagnostique inadaptée », signale l’experte.
Le diagnostic repose d’abord sur les symptômes : démangeaisons importantes (signe le plus évocateur), rougeur, larmoiement, des deux yeux. Si les tests classiques montrent leurs limites, le test diagnostic le plus fiable existe (provocation conjonctivale : on place un extrait d’allergènes au contact de la conjonctive, sous contrôle médical), mais il reste trop peu utilisé. Face à un bilan négatif, il faut donc garder l’hypothèse d’une allergie oculaire locale, surtout si les signes cliniques sont typiques et qu’un traitement anti-allergique (collyre antihistaminique) améliore la situation.
Le traitement de la conjonctivite allergique locale repose sur les mêmes principes que celui des formes classiques des conjonctivites allergiques : éviter si possible les allergènes, traiter par médicaments, voire l’immunothérapie allergénique (désensibilisation). A ce jour, les données sur l’immunothérapie dans cette forme localisée restent limitées. Elles sont en partie basées sur celles de la rhinite allergique locale. Des résultats encourageants ont été publiés en avril 2026, qui montrent un effet prolongé d’amélioration des symptômes, avec la possibilité de modifier l’évolution de la maladie allergique et de limiter sa progression.
Références :
- Conférence : « Allergie Oculaire : Quand le bilan allergologique est négatif ? Allergie oculaire locale », par Maria João Vasconcelos (Porto, Portugal)/CFA 2026 (Paris) M9/22 avril 2026.
- Silva D, Ocular Allergy: Real-world knowledge, confidence and practice patterns in ocular allergy: results of an EAACI Task Force global survey. À paraître.
Asthme sévère : 1ères recommandations françaises et prescriptions de biothérapies à la loupe

Les recommandations françaises sur l’asthme sévère de l’adulte (Société de pneumologie de langue française, SPLF / Société française d’allergologie, SFA) ont été présentées en avant-première au CFA 2026. Le texte est en attente de validation finale et sera publié prochainement. Elles ont été élaborées pour guider les cliniciens à chaque étape du diagnostic et de la prise en charge.
Le surdiagnostic de l’asthme est estimé à 30 % chez les patients asthmatiques. Par ailleurs, dans les formes dites d’asthme difficile, un autre diagnostic que l’asthme est retrouvé chez 5 à 12 % des patients explorés. Le diagnostic d’asthme doit donc être réévalué en cas de mauvaise réponse à un traitement inhalé de l’asthme bien conduit ou en présence de signes atypiques.
En France, environ 4 millions de personnes présentent un asthme, dont 5 à 10 % sous forme sévère. Les biothérapies, indiquées et utilisées dans l’asthme sévère, ont montré une efficacité sur la réduction de la charge de la maladie. Les données récentes concernant leur utilisation en pratique réelle sont cependant limitées. Selon le projet ASMAP (analyse des données de délivrance des traitements de l’asthme à partir de la base LRx IQVIA du 1er janvier au 31 décembre 2024), seul un tiers des patients éligibles aux biothérapies en bénéficient effectivement. Une part importante des patients éligibles non traités est suivie uniquement en médecine générale.
Références :
- CFA 2026/ 23 avril 2026 J17 Recommandations CFA/SPLF Asthme sévère
- CO-31 Asthme sévère en France : prévalence, parcours de soins et recours aux traitements en 2024 – résultats du projet ASMAP CFA 2026
Risque allergique : quelle réalité derrière les cosmétiques « faits maison » ?

Les cosmétiques Do It Yourself (DIY, faits maison) connaissent un fort engouement. Ils sont fabriqués sans encadrement réglementaire ni contrôle qualité. Une enquête conduite à l’époque de la Covid-19 montrait que 33 % des Françaises en avaient déjà réalisé, et jusqu’à 50 % chez les 18-34 ans.
Ces préparations peuvent inclure des ingrédients alimentaires ou des huiles essentielles.
Sur le plan réglementaire, les cosmétiques commerciaux doivent respecter le Règlement européen n°1223/2009 et être jugés sûrs avant mise sur le marché. Pour les produits DIY, cette garantie n’existe pas.
Le risque allergique est fréquent, notamment en lien avec les huiles essentielles (substances naturelles concentrées pouvant déclencher des réactions cutanées). Certaines sont présentes dans environ 30 % des recettes DIY. Les plus fréquentes sont la lavande, le tea tree, le bois de rose, la carotte, le pamplemousse, le citron et la menthe.
« Certains ingrédients alimentaires, comme le citron ou la cannelle, peuvent aussi provoquer des réactions allergiques cutanées, notamment des eczémas de contact, souvent liés à des substances allergisantes comme le baume du Pérou ou certains parfums, » pointait la Dre Françoise Giordano, dermatologue au CHU de Toulouse. Des effets irritatifs importants sont également décrits. Une mauvaise utilisation ou un dosage inadapté peut entraîner des brûlures cutanées, comme lors de l’usage de masques à base de cannelle. »
Chez l’enfant, certaines préparations comme le liniment oléo-calcaire fait maison ont été associées à des brûlures. Des réactions dites phototoxiques peuvent aussi survenir lorsque certaines substances végétales réagissent au soleil, avec parfois des lésions sévères.
Enfin, des risques infectieux existent : l’absence de conservateurs favorise la contamination par bactéries ou moisissures lors de la fabrication ou du stockage.
De manière générale, « la tolérance de toute recette cosmétique faite maison devrait être vérifiée avant utilisation par un test cutané afin de limiter le risque de réaction allergique, résume la spécialiste. Et bien entendu, ces préparations sont déconseillées chez les personnes déjà allergiques. »
Référence : D’après le suivi de la session Cosmétiques DIY (Do It Yourself) : quels risques ? Anne HERMAN (Bruxelles) CFA 2026 (V 15 Quand on se fait du mal en voulant prendre soin de soi, 24 avril 2026) ; Enquête Cosmed 2020
Asthme : pourquoi les corticoïdes inhalés restent la base du traitement ?

Les corticoïdes inhalés (CSI, anti-inflammatoires administrés directement dans les bronches) constituent le traitement de fond de l’asthme, y compris dans les formes légères.
À faibles doses, ils diminuent les symptômes, les crises (exacerbations) et les hospitalisations. Ils améliorent aussi la qualité de vie et réduisent le risque de décès. À l’inverse, leur arrêt augmente fortement le risque vital, avec une multiplication du risque de décès par près de 5 dans les trois mois.
Un traitement de secours seul n’est pas adapté chez une personne asthmatique ; les anti-leucotriènes (autre classe de traitement anti-inflammatoire) ne constituent pas une alternative suffisante.
Un point important concerne les doses : l’essentiel du bénéfice des corticoïdes inhalés est obtenu dès les faibles doses, avec plus de 80 à 90 % de l’effet maximal déjà présent. L’augmentation des doses jusqu’aux fortes posologies n’apporte ensuite qu’un gain limité, au prix de risques importants.
A noter, les faibles doses de corticoïdes inhalés ne sont pas équivalentes entre elles.
Message à retenir : les corticoïdes inhalés, un traitement de fond indispensable dans l’asthme, même quand il est diagnostiqué comme léger.
Référence : D’après le suivi de la Session M10 Asthme et corticoïdes inhalés : prescrire la juste dose, la désescalade et les stratégies alternatives à la forte dose -22 avril, CFA 2026
Compléments alimentaires : les allergènes jouent à cache-cache

Les compléments alimentaires ne sont pas anodins : ils exposent à des effets toxiques et allergiques ainsi qu’à des interactions médicamenteuses, souvent sous-évaluées. Plusieurs enquêtes montrent que les personnes allergiques y ont recours pour soulager une rhinite, un asthme ou un eczéma. En France, en 2025, 61 % de la population déclare en avoir consommé dans les deux années précédentes, surtout des femmes de 18 à 44 ans ayant un niveau d’études élevé. Les compléments alimentaires les plus consommés sont les vitamines et minéraux (64 %), les produits de la ruche (42 %), les probiotiques (34 %, en forte hausse), ainsi que les acides gras oméga 3-6-9. Viennent ensuite les plantes médicinales, l’aromathérapie et les huiles essentielles, les levures, les produits de la mer, les substances physiologiques, les protéines et les acides aminés.
Une étude américaine montre que les compléments alimentaires sont impliqués dans environ 2 % des effets iatrogènes (effets indésirables provoqués par un produit de santé) et 0,1 % des passages aux urgences. Parmi les événements indésirables rapportés, près d’un quart relèverait d’un mécanisme allergique. Ils sont observés principalement avec des produits utilisés pour la perte de poids et des micronutriments. D’autres données confirment la survenue de réactions allergiques, notamment cutanées, associées à des compléments alimentaires. Elles concernent des produits contenant des vitamines, du ginseng, du millepertuis, des échinacées, ainsi que la chirette verte (Andrographis paniculata), certaines plantes de la famille des astéracées (marguerites, tournesol, pissenlits…), des orties, du cumin noir, et possiblement du ginkgo biloba. Des réactions sont aussi décrites avec des peptides d’origine animale, comme le collagène, le cartilage, la glucosamine, la chondroïtine, l’acide hyaluronique, ainsi que des dérivés placentaires. Des cas de réaction allergique liée à des probiotiques ont été notifiés, avec présence non déclarée de lactose ou d’œuf, ainsi qu’avec des lactases et des produits de la ruche.
En France, le Réseau d’allergovigilance (RAV) assure une veille des réactions allergiques sévères, en particulier des anaphylaxies (réaction allergique aiguë pouvant mettre en jeu le pronostic vital). Entre 2002 et 2024, 3 352 cas d’anaphylaxie ont été analysés. Parmi eux, 26 cas (0,8 %) étaient liés à des compléments alimentaires (produits de la ruche et des pollens, responsables de réactions sévères chez des personnes déjà sensibilisées aux pollens, surtout).
Des compléments à base de propolis ont été signalés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). D’autres produits sont également impliqués dans les cas rapportés au RAV : acérola, protéines de soja, poudre de germes d’orge vert, lactosérum de jument, graines de lin, ainsi que la “crinière de lion” (Hericium erinaceus). Ce champignon est aussi utilisé dans certaines boissons présentées comme substituts du café.
Référence : D’après le suivi de la session J11 Compléments alimentaires : de la Nutri-Vigilance à l’AllergoVigilance > Martine MORISSET (Angers)/ CFA 2026
L’asthme lié à l’obésité n’est pas un asthme comme les autres
L’asthme associé à l’obésité correspond à une forme particulière de cette maladie respiratoire. Elle est souvent plus sévère, avec davantage de crises (exacerbations) et une réponse plus difficile aux traitements. Grégory Bouchaud, directeur de recherche de l’unité INRAE-Phan du centre Pays de Loire (Nantes) explique : « ce « phénotype » d’asthme lié à l’obésité résulte d’interactions complexes entre le système immunitaire, le métabolisme, la mécanique respiratoire et les microbiotes (ensemble des micro-organismes présents dans l’intestin et les voies respiratoires). Sur le plan mécanique, l’obésité réduit les volumes pulmonaires, favorise la fermeture des petites voies aériennes et exerce une compression sur le thorax et l’abdomen. Elle modifie aussi les propriétés élastiques du poumon et augmente la réactivité des muscles bronchiques, ce qui aggrave la gêne respiratoire. Sur le plan inflammatoire, l’obésité amplifie la réaction immunitaire. Elle augmente certaines molécules inflammatoires (cytokines comme IL-4, IL-13, IL-17) et perturbe l’immunité innée (première ligne de défense de l’organisme, notamment via les cellules ILC). Ces modifications contribuent à une moindre efficacité des corticoïdes. »
Les hormones produites par le tissu adipeux (la graisse du corps) jouent également un rôle. La leptine (hormone favorisant l’inflammation) est augmentée et favorise l’inflammation, tandis que l’adiponectine (hormone protectrice) diminue, réduisant son effet bénéfique. « Ce déséquilibre contribue à la sévérité de l’asthme, qu’il soit de type allergique ou non allergique », ajoute-t-il.
Enfin, des déséquilibres du microbiote intestinal et pulmonaire (dysbiose) entretiennent l’inflammation et diminuent l’efficacité des traitements. Certaines bactéries impliquées dans ce phénomène ont été identifiées, suggérant un rôle spécifique du microbiote dans cette forme d’asthme.
Au final, l’obésité et l’asthme s’influencent mutuellement via des échanges complexes entre immunité et métabolisme, ce qui explique une maladie plus difficile à contrôler.
Référence : D’après l’interview de Grégory Bouchaud et le suivi de la session Asthme et obésité : une maladie du siècle (M25 – 2 avril 2026. 21e CFA)
La stratégie d’immunoprophylaxie mixte contre le VRS en France est efficace

Le virus respiratoire syncytial (VRS) est une cause majeure de bronchiolite chez le nourrisson, avec un risque d’hospitalisation surtout dans les premiers mois de vie. Pour réduire ce fardeau, une stratégie d’immunoprophylaxie (prévention agissant sur le système immunitaire) est désormais utilisée en France, reposant sur deux approches complémentaires : le nirsevimab (anticorps monoclonal administré au nourrisson pour le protéger directement, ainsi que la seconde saison chez les enfants particulièrement à risque) et la vaccination maternelle RSVpreF (vaccin administré pendant la grossesse pour transmettre des anticorps au fœtus).
Cette double stratégie décidée en France (au choix des familles quant à l’option préférée), est gagnante : elle permet de réduire les hospitalisations liées au VRS de 41 % à 51 %, avec un bénéfice plus marqué chez les nourrissons de moins de deux mois, qui sont les plus fragiles.
Les données de la cohorte française EPI-PHARE (mars 2026) montrent que le nirsevimab est associé à une réduction supplémentaire de 26 % du risque d’hospitalisation pour VRS par rapport à la vaccination maternelle RSVpreF, ainsi qu’à une diminution des formes sévères.
Références :
- D’après le suivi de la Session M17 – Vaccins et anticorps monoclonaux : la fin des exacerbations viro-induites de l’asthme ? CFA 2026 (Paris).
- Moline HL, Tannis A, Goldstein L, et al. Effectiveness and Impact of Maternal RSV Immunization and Nirsevimab on Medically Attended RSV in US Children. JAMA Pediatr. 2026;180(3):314–324.
- Jabagi MJ, Bertrand M, Gabet A, et al. Nirsevimab vs RSVpreF Vaccine for Respiratory Syncytial Virus-Related Hospitalization in Newborns. JAMA. 2026 Mar 3;335(9):787-798.
Asthme léger de l’enfant : « léger ne signifie pas bénin » !

Même lorsqu’il est qualifié de léger, l’asthme chez l’enfant doit être identifié et pris en charge. Il reste largement sous-diagnostiqué, avec environ 20 % des cas non repérés à 6 ans et jusqu’à 70 % à 1 an.
Ce retard de diagnostic expose à des conséquences évitables : exacerbations parfois sévères, recours répété aux corticoïdes systémiques (traitements anti-inflammatoires par voie générale) et utilisation accrue de bronchodilatateurs de courte durée d’action (médicaments de secours), ce qui n’est pas recommandé.
Le problème est de taille : à long terme, l’absence de prise en charge adaptée peut altérer la croissance pulmonaire et conduire à une obstruction bronchique qui va perdurer. Cette évolution augmente le risque de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) à l’âge adulte.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le qualificatif léger n’est pas lié à la fréquence ou à l’intensité des symptômes. La Dre Mélisande Bourgoin-Heck, pédiatre-allergologue (Hôpital Trousseau, Paris) précise la définition : « l’asthme léger – la forme la plus fréquente chez l’enfant – se définit de manière rétrospective comme le niveau de traitement nécessaire pour obtenir et maintenir le contrôle de la maladie. Il correspond à un asthme contrôlé sous faible dose de corticoïdes inhalés (CSI, corticoïdes administrés par inhalation) ou sous association CSI-formotérol (bronchodilatateur de longue durée d’action) à la demande. »
Ces symptômes sont souvent « intermittents et peu perçus comme problématiques », déplore la spécialiste. Ils associent des sifflements à l’expiration, une toux, une gêne respiratoire et une sensation d’oppression thoracique, avec une variabilité dans le temps (souvent plus marquée la nuit) et dans l’intensité. Ils peuvent apparaître ou s’aggraver lors d’infections virales, après un effort physique, ou encore lors d’une exposition aux allergènes ou à l’air froid.
Les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR, tests qui mesurent le fonctionnement des poumons) peuvent rester normales en cas d’asthme léger. Une spirométrie (mesure des débits respiratoires, réalisable dès 6 ans) peut ne montrer aucune anomalie en dehors des épisodes de symptômes, ce qui n’exclut pas le diagnostic. De même, le test de réversibilité (amélioration après bronchodilatateur) peut être négatif si le VEMS (volume expiratoire maximal en une seconde) est déjà normal.
Certains marqueurs biologiques aident au diagnostic (éosinophilie sanguine, IgE spécifiques, fraction expirée de monoxyde d’azote). En cas de doute diagnostique chez l’enfant de moins de 5 ans, les recommandations GINA 2025 proposent un « test thérapeutique », c’est-à-dire que l’on observe l’évolution des symptômes sous traitement pour une période donnée.
Et si le diagnostic ne fait plus de doute, traiter devient indispensable : une prise en charge précoce permet de réduire le risque d’exacerbations, de limiter l’usage de traitements de secours et de préserver la fonction respiratoire à long terme.
Référence : D’après le suivi de la session CFA26- 24 avril « V1- Asthme léger de l’enfant : en reparler ! »
Asthme d’orage : les urgences sous tension météo

Orage + pollution + pollens : combo explosif pour l’asthme. Lors du premier épisode majeur d’asthme d’orage observé en France au printemps 2023, une forte hausse des recours aux urgences a été enregistrée : 1 918 passages supplémentaires pour asthme entre le 10 et le 12 juin, avec un taux d’hospitalisation de 13,4 %. Les hommes âgés de 15 à 44 ans ont été les plus concernés. Ce type d’épisode est lié à plusieurs facteurs combinés : une pollution à l’ozone, des vents violents avant l’orage favorisant la remise en suspension de particules dans l’air, ainsi qu’une augmentation des spores de champignons, tous capables d’irriter ou de déclencher des crises d’asthme.
Référence : CO-13 – 1900 patients aux urgences lors du premier épisode majeur d’asthme d’orage en France en juin 2023 (CFA 2026)
Quand l’air intérieur joue contre les allergies

Une étude menée chez 380 patients allergiques aux acariens, suivis dans le cadre du parcours de soins ANGELE (avec interventions à domicile réalisées par des conseillers en environnement intérieur, CEI), confirme un point important : lorsque ces patients sont aussi exposés à des moisissures, leur asthme et leur rhinite sont moins bien contrôlés. Cela se traduit par des scores cliniques plus mauvais, mesurés par des outils d’évaluation de la rhinite (ARCT) et de l’asthme (ACT).
Référence : CO-15 – Association entre la détection de moisissures domestiques et les résultats cliniques chez les patients allergiques aux acariens (CFA 2026)
Hyménoptères : ça pique, mais pas plus qu’avant

Les hyménoptères (abeilles, guêpes et frelons) restent une cause importante d’envenimations en France, mais les données récentes ne montrent pas d’augmentation globale des accidents malgré l’expansion du frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax, dit frelon à pattes jaunes), espèce invasive présente sur tout le territoire métropolitain et en Corse depuis 2026.
Le venin de ces insectes contient des substances inflammatoires et allergisantes. Il peut provoquer deux types de réactions. Les réactions toxiques surviennent surtout après de multiples piqûres et dépendent de la quantité de venin injectée (douleurs locales, troubles digestifs, malaise, hypotension). Les réactions allergiques, en revanche, peuvent apparaître dès une seule piqûre, sans lien avec la dose, et engager le pronostic vital : urticaire, œdème des voies respiratoires, bronchospasme, chute de tension ou perte de connaissance.
Des réactions croisées existent entre espèces. Une sensibilisation survient le plus souvent après exposition à un venin de guêpe. Certains allergènes majeurs sont proches entre frelons et guêpes, ce qui permet souvent d’utiliser une immunothérapie (désensibilisation) par venin de guêpe en cas d’allergie aux frelons.
Une analyse de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) sur la période 2014-2023, fondée sur plusieurs bases de données (centres antipoison, urgences, hospitalisations et certificats de décès) et détaillée lors du congrès d’allergologie CFA 2026 , montre une situation stable. Environ 6 022 envenimations annuelles sont recensées via les centres antipoison et plus de 179 000 passages aux urgences sont liés aux piqûres d’hyménoptères. Aucune tendance à la hausse ou à la baisse n’est observée.
La part des piqûres de frelons reste stable (20 à 30 % des cas selon les années), dont environ 28 % attribuées au frelon asiatique. Les régions les plus touchées sont l’ouest, le sud-ouest et le sud-est de la France.
Les cas graves restent rares mais préoccupants. Dans la majorité des cas graves (89 %), il s’agit de réactions allergiques. Des complications cardiovasculaires sont également observées. Les hospitalisations concernent environ 18 000 cas sur la période, avec 13 % nécessitant des soins intensifs. Les décès restent peu fréquents (environ 25 par an), touchant surtout des personnes âgées de plus de 60 ans.
Ainsi, malgré la progression géographique du frelon asiatique, le risque global d’envenimation ou de formes graves en France se maintient.
Référence : D’après le suivi de la session V14 Insectes piqueurs / Toxicovigilance et hyménoptères, étude de plusieurs sources de données de santé de 2014 à 2023 > Sandra SINNO-TELLIER (Paris) ; CFA 2026
Allergies oculaires : la faute (aussi) aux écrans

L’usage prolongé des écrans est associé à un risque accru de sécheresse oculaire, un phénomène qui peut favoriser ou aggraver les allergies oculaires. Le mécanisme principal repose sur une altération du clignement : devant un écran, la fréquence et la qualité du clignement diminuent nettement, ce qui fragilise la surface de l’œil et perturbe le film lacrymal (couche de larmes qui protège et lubrifie l’œil).
Cette instabilité entraîne un œil sec, plus irrité, rouge et sensible. Avec le temps, un cercle vicieux peut s’installer entre irritation, inflammation et fragilisation de la surface oculaire. Des anomalies des glandes de Meibomius (glandes qui produisent la partie graisseuse des larmes) peuvent aussi aggraver l’évaporation des larmes, tandis qu’une baisse des mucines (composants des larmes) est observée lors d’un usage prolongé des écrans.
La sécheresse oculaire est fréquente chez les utilisateurs intensifs d’écrans, avec près de 50 % de prévalence chez les travailleurs sur terminaux vidéo selon certaines données.
« Le lien direct entre écrans et allergie reste difficile à isoler, mais l’association entre temps d’écran et sécheresse oculaire est solide, affirme la Pre Dominique Bremond-Gignac, cheffe du service d’ophtalmologie (Necker Enfants-malades, AP-HP, Paris), cette dernière pouvant déclencher ou amplifier les symptômes allergiques. Un œil sec et inflammatoire devient plus perméable aux allergènes (pollens, acariens), ce qui facilite les réactions allergiques. Allergie oculaire et sécheresse oculaire s’entretiennent alors mutuellement. »
D’autres facteurs peuvent aussi aggraver la situation, notamment la blépharite (inflammation du bord des paupières) ou la rosacée oculaire (maladie inflammatoire touchant les yeux et les paupières). Ces deux affections perturbent le film lacrymal. Dans ce contexte, la surface oculaire fragilisée réagit plus fortement aux agressions extérieures.
La prise en charge (au-delà d’une moindre utilisation des écrans) repose sur la correction de la sécheresse oculaire, notamment par les larmes artificielles. Elles améliorent la stabilité du film lacrymal, restaurent la surface oculaire et limitent l’inflammation, tout en formant une barrière mécanique contre les allergènes.
Référence : D’après l’interview de la Pre Dominique Bremond-Gignac et le suivi de la session V11 Clin d’œil sur la nouvelle ère ; CFA 2026 (23 avril 2026, Paris)