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Sur la route des vacances…. Attention à la somnolence au volant !

Sur la route des vacances…. Attention à la somnolence au volant !

C’est l’été, les départs en vacances se succèdent. Alors que la sécurité au volant est primordiale, la somnolence est bien plus fréquente qu’on ne l’imagine. Elle toucherait un tiers de la population, et donc potentiellement des conducteurs d’automobiles. Êtes-vous concerné ? S’en rendre compte n’est pas si évident. Si la principale cause de la somnolence est la privation de sommeil souvent liée aux horaires de travail et/ou au style de vie, elle peut aussi être d’origine médicamenteuse ou médicale. Notamment, le syndrome des apnées du sommeil expose à un fort risque de somnolence diurne.

Jusqu’à 20 % des Français seraient somnolents en journée

La somnolence est très fréquente dans la vie quotidienne. Elle touche jusqu’à 30 % de la population dans certaines études. Pour le Pr Damien Léger, chef du service Sommeil et troubles de la vigilance (Hôtel Dieu, AP-HP, Paris), « si l’on parle de simple interruption de l’éveil par des épisodes de sommeil léger de brève durée au cours de la journée, entre 8 et 15 % des individus adultes sont concernés, avec une augmentation avec l’âge. Si l’on se réfère aux personnes ayant complété l’échelle de somnolence d’Epworth, la référence internationale pour l’évaluation de la somnolence quotidienne, et qui ont obtenu un score supérieur à 10, on trouve également cette proportion habituelle de 8 à 20 % des sujets adultes somnolents ». Le Pr Pierre Philip, chef du service universitaire de médecine du sommeil du CHU de Bordeaux, confirme : « avec plus de 20 % d’insomniaques et 10 % d’apnéiques (personnes souffrant d’apnées du sommeil), le mauvais sommeil nocturne et la somnolence diurne excessive sont le pain quotidien des Français ».

Le manque de sommeil est considéré comme l’une des principales causes de somnolence. « Il concerne environ un tiers de la population adulte et 35 à 40 % de la population active qui affirment dormir moins de 6 heures par 24 heures en semaine (les recommandations internationales préconisent de dormir entre 7et 9 h), limite en dessous de laquelle une augmentation systématique de la somnolence et du risque accidentel a été démontrée », souligne le Pr léger,

La somnolence, une cause majeure d’accidents de la circulation

🚗 10 à 20 % des accidents de voiture causés par des conducteurs qui s’endorment au volant
Trop d’accidents commencent par un bâillement, sur l’autoroute. Un accident mortel sur trois est associé à la somnolence. Pourtant, les usagers de la route ont souvent du mal à évaluer ce risque et ses conséquences. Selon la Sécurité Routière, la somnolence entraîne un risque d’accident 8 fois supérieur à une conduite en état normal de vigilance. Dès les premiers signes de somnolence, le risque d’accident est multiplié par 3 ou 4 (Sécurité routière).

La somnolence au volant est un phénomène à la fois ordinaire qui concerne 10 à 15 % des conducteurs professionnels et l’une des premières causes d’accidents mortels sur l’autoroute : elle représente environ un tiers des cas (1).

👉 En Europe, la somnolence au volant constitue en effet l’une des causes majeures d’accidents mortels de la circulation. Des modèles ont estimé que 15 à 33% des accidents mortels pouvaient impliquer des conducteurs somnolents (1).

👉 Les experts comparent l’effet de la somnolence à celui de l’alcool. Selon des études, conduire après une nuit blanche équivaut à prendre la route avec une alcoolémie de 0,9 g/l (2), un taux illégal dans tous les pays de l’Union européenne.

👉 La somnolence affaiblit les facultés de conduite du conducteur sans qu’il ne s’en rende compte. De ce fait, les accidents sont souvent graves car le conducteur n’a pas freiné. Ce facteur humain d’accident est en lien avec la privation chronique de sommeil, le travail à horaires irréguliers, le style de vie (le temps passé avec les outils numériques le soir ; une dette de sommeil). De nombreuses maladies du sommeil comme le syndrome des apnées du sommeil ou les traitements psychotropes peuvent aussi en être responsables, ainsi que la dépression sévère, etc.

🔴 Somnolence au volant, les règles à observer
▪ Les règles de bon sens veulent que l’on ne conduise pas si on est en dette de sommeil (souvenez-vous : 7 x 7 = 49 heures de sommeil minimum par semaine !).
▪ Évitez les “heures à risque” : elles se situent de 2h à 5h la nuit, et de 13h à 15h.
▪ Après un assoupissement au volant une première fois, le risque de s’endormir avec à la clé un accident une deuxième fois sur le même trajet est multiplié par 10. Prudence.
▪ Dormir moins de 6 heures par 24 heures triple le risque d’accidents par endormissement au volant. Avis aux « petits dormeurs » et à ceux en dettes de sommeil !
▪  En France, plus d’un tiers des médicaments commercialisés sont munis d’un pictogramme mentionnant leur dangerosité potentielle en matière de conduite. Prêtez attention à la vignette orange ou rouge figurant sur la boîte.
▪ Sur la route, faites une sieste pendant une pause, en vous isolant dans un endroit calme, les yeux fermés et en vous faisant réveiller 15 à 20 minutes plus tard par une alarme ou par quelqu’un.
▪ Dès que vous ressentez un épisode de somnolence au volant, il est urgent de s’arrêter et/ou de faire une pause ou de laisser le volant.
▪ Prenez une tasse de café toutes les deux ou trois heures et hydratez-vous.
▪ Pour les pauses, préférez des protéines (jambon, poulet) à des aliments sucrés.
▪ Une vitesse excessive induit une fatigue supplémentaire, car la vitesse oblige le cerveau à traiter un plus grand nombre d’informations en un minimum de temps, la vision devant alors s’adapter en permanence.

75 % des patients apnéiques ignorent qu’ils ont un risque plus élevé de somnolence (1)

🔍 Le Pr Pierre Philip et ses collègues ont interrogé 35 000 conducteurs réguliers d’autoroute :

  • 16,9 % se plaignaient d’au moins un trouble du sommeil dont 9,3 % d’insomnie, 5,2 % d’un syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS) et 0,1 % de narcolepsie et d’hypersomnie (3).
  • En outre, 8,9 % des conducteurs ont déclaré au moins un épisode par mois de somnolence au volant les ayant contraints à s’arrêter. Le risque d’accident est classiquement considéré comme plus élevé chez les patients présentant des apnées du sommeil du fait d’un sommeil non-récupérateur, l’une des caractéristiques de ce syndrome (4).
Apnées du sommeil : les femmes aussi !

Deux analyses scientifiques regroupant les études publiées sur le sujet (méta-analyses) concluent que le risque d’accident des conducteurs apnéiques est deux fois plus important que celui des personnes sans apnées du sommeil et que ce risque revient à la normale chez les patients correctement traités par le traitement de référence : la pression positive continue (PPC) (5-6). « Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est le trouble du sommeil le plus fréquent avec plus de 8 % de la population générale signalant des troubles respiratoires nocturnes, précise le Pr Pierre Philip. La grande majorité de ces patients reconnaissent souffrir de troubles du sommeil nocturnes et de somnolence diurne excessive. » Des études ont d’ailleurs précisé que les personnes atteintes d’un syndrome d’apnées obstructives du sommeil présentent un risque deux fois plus élevé d’être impliquées dans des accidents liés au sommeil que les conducteurs sans troubles du sommeil (7-8). Depuis lors, ce trouble du sommeil a été reconnu par la Société européenne respiratoire (European Respiratory Society-ERS) comme un facteur de risque d’accidents de la route, et l’ERS suggère que les médecins devraient systématiquement explorer la somnolence diurne excessive chez ces patients du fait de ce risque accidentel potentiel.

Concernant les personnes insomniaques, « peu d’études sont consacrées à leur niveau de risque accidentel, poursuit le Pr Philip. En interrogeant 5293 insomniaques de 10 pays, nous avons pourtant retrouvé que 4,1 % avaient eu un accident lié à la somnolence dans les 12 derniers mois et que 9 % s’étaient endormis au volant au moins une fois (9). »

Quant à la narcolepsie (6) – qui associe hypersomnolence diurne et cataplexie (perte soudaine du tonus musculaire sans perte de connaissance) – et les autres hypersomnies (troubles du sommeil caractérisés par une profondeur et une durée excessive), elles représentent certainement des pathologies à risque accidentel élevé mais elles sont rares et les études parcellaires.

😴 On sous-évalue son propre risque de somnolence

Le laboratoire SANPSY (USR 3413 CNRS) et le CHU de Bordeaux ont publié dans le journal Sleep en 2021 l’étude « TME ACCIDENTS » soutenue par la société française de recherche et de médecine du sommeil (SFRMS) (10). Elle concluait que la mauvaise perception de l’endormissement (lors d’un test de sieste hospitalier) prédisait le risque d’accidents liés à la somnolence. « Notre équipe s’est ici intéressée au sentiment d’avoir dormi ou non en conditions de laboratoire et de son association à la survenue de « presque-accidents » (accidents évités de justesse) et d’accidents de la circulation, explique Pierre Philip, ceci chez des patients souffrant de troubles du sommeil (192 patients souffrant d’apnées obstructives du sommeil, d’hypersomnie idiopathique, de narcolepsie, de syndrome des jambes sans repos ou de syndrome d’insuffisance du sommeil ; étude réalisée d’octobre 2017 à mars 2020). » Verdict ? « Une large proportion de ces patients commet des erreurs d’appréciation du sentiment d’avoir dormi pendant les essais, ayant justement le sentiment de pas s’être endormi alors même que d’authentiques périodes de sommeil ont été objectivement enregistrées ! Près de la moitié de ces patients rapportent un accident évité de justesse ou un accident de la circulation lié à la somnolence au cours de l’année passée. Le risque de survenue d’un accident ou d’un presque accident est multiplié par 2,52 chez ces patients qui ne parviennent pas à évaluer leur endormissement. Cette étude fournit de nouvelles informations sur l’auto-perception de la somnolence diurne excessive et le risque accidentel. »

📝 Évaluer son risque de somnolence

L’échelle de somnolence d’Epworth, validée scientifiquement, sert à évaluer l’état général de somnolence diurne d’une personne, à l’aide d’un questionnaire court. Plus le score est élevé, plus le niveau de somnolence est important.

BOSS, une nouvelle échelle pour évaluer le risque de somnolence au volant chez les personnes ayant des troubles du sommeil

Un nouveau questionnaire vient tout juste d’être publié (mai 2023) : le Bordeaux Sleepiness Scale ou échelle de somnolence de Bordeaux (BOSS), est spécifiquement conçu pour évaluer le risque de conduite lié au sommeil chez les personnes souffrant de troubles du sommeil dont les apnées du sommeil. « Cette échelle appelée BOSS combine exposition (kilomètres parcourus) et auto-perception de la somnolence en situation, explique le Pr Pierre Philip, à l’origine de BOSS. Elle fournit une évaluation simple et fiable du risque de conduite lié au sommeil. Ce court questionnaire spécifique doit être promu en première intention pour évaluer le risque d’accidents de la circulation chez les patients somnolents. »

Il a en effet été montré que le BOSS évalue le risque et le « non-risque » d’accidents de la circulation liés à la somnolence avec plus de précision que l’échelle de somnolence d’Epworth dans cette population.

BOSS (Bordeaux Sleepiness Scale)
1. Sexe :
◽ 0       Femme
◽ 1       Homme
 
2. Nombre de km parcourus par an : |__|__|__|__|__|__| km/ans
 
◽ 0       Moins de 20000 km/an
◽ 1       Égal ou supérieur à 20 000 km/an
 
3. Récemment, quelle est la probabilité que vous somnoliez ou que vous vous endormiez plutôt que de vous sentir simplement fatigué dans une voiture lors d’un arrêt de quelques minutes dans la circulation ?
 
◽ 0       Ne s’endormirait jamais
◽ 1       Légère chance de somnoler
◽ 2       Risque modéré de somnoler
◽ 3       Risque élevé de somnoler
 
4. Avez-vous connu au cours de l’année précédente au moins un épisode de somnolence intense au volant qui a rendu la conduite difficile ou vous a obligé à arrêter la voiture ?
 
◽ 0       Non, jamais
◽ 1       Oui, mais moins d’une fois par mois
◽ 2       Oui, au moins une fois par mois
◽ 3       Oui, au moins une fois par semaine
 
BOSS Note totale |__|
 
Interprétation : Si le score total est de 3 ou plus, la prédiction du risque d’accident ou d’accident évité de justesse lié au sommeil est définie comme positive.
Bordeaux Sleepiness Scale (laboratoire SANPSY (USR 3413 CNRS) – CHU de Bordeaux)

Ne pas confondre fatigue et somnolence ! 💤

Les mots « fatigue » et « somnolence » sont souvent confondus, alors que les causes, conséquences et prises en charge de ces symptômes sont distinctes. La somnolence est définie comme « un état intermédiaire entre la veille et le sommeil, caractérisé par une tendance irrésistible à l’assoupissement si la personne n’est pas stimulée », alors que la fatigue est une sensation d’affaiblissement physique ou moral qui survient à la suite d’un effort soutenu, quel qu’il soit.

🥱 Savoir reconnaître les premiers signes de somnolence (11) :

  • Paupières lourdes, yeux qui picotent.
  • Regard fixe.
  • Bâillements fréquents.
  • Augmentation des gestes « autocentrés » (se frotter le visage, les bras, le cou, se masser les paupières…).
  • Difficultés à maintenir une vitesse et une trajectoire constantes.
  • Déconcentration, absence/pertes de mémoire (ne pas se souvenir des derniers KM parcourus).
  • Sensation de raideur dans la nuque, difficultés à conserver la tête droite.
  • Besoin de changer de position sans arrêt.
Apnées-hypopnées obstructives du sommeil. Une somnolence résiduelle peut persister
Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) est une affection fréquente caractérisée le plus souvent par une somnolence diurne. La pression positive continue (PPC) est le traitement de première intention. Entre 4,4 % et 34 % des patients se plaignent toutefois de somnolence diurne résiduelle sous PPC, avec une moyenne estimée à 12 % environ (12-13). Des médicaments existent en cas de somnolence résiduelle.

Pour aller plus loin

L’ouvrage du Pr Pierre Philip

RÉAPPRENEZ A DORMIR pour être en bonne santé (Edition Albin Michel, nov 2022)

Dossier réalisé par Hélène Joubert, journaliste.

Références :

1. Somnolence au volant et risque accidentel. Pistes de Prévention. Note d’orientation. Somnolence et Risque accidentel – version finale – Mars 2016 – Conseil National de la Sécurité Routière – Comité des Experts

2. Alhola P, Päivi PK. Sleep deprivation: Impact on cognitive performance. Neuropsychiatr Dis Treat 2007; 3:553–67.

3.  Philip P, Sagaspe P, Lagarde E, Leger D, Ohayon MM, Bioulac B, et al. Sleep disorders and accidental risk in a large group of regular registered highway drivers. Sleep Med. 2010; 11:973-9.

4. American Academy of Sleep Medecine (AASM). International classification of sleep disorders. Third Edition. Darien, Ilinois, USA, AASM edition; 2014.

5. Tregear S, Reston J, Schoelles K, Phillips B. Obstructive Sleep Apnea and Risk of Motor Vehicle Crash: Systematic Review and Meta-Analysis. Journal Clin Sleep Med 2009; 5: 573-81.

6. Tregear S, Reston J, Schoelles K, Phillips B. Continuous Positive Airway Pressure Reduces Risk of Motor Vehicle Crash among Drivers with Obstructive Sleep Apnea: Systematic Review and Meta-Analysis. Sleep 2010; 33:1373-80.

7. Philip P, Sagaspe P, Lagarde E, et al. Sleep disorders and accidental risk in a large group of regular registered highway drivers. Sleep Med 2010;11:973-979.

8. Ellen RL, Marshall SC, Palayew M, Molnar FJ, Wilson KG, Man-Son-Hing M. Systematic review of motor vehicle crash risk in persons with sleep apnea. J Clin Sleep Med 2006;2:193-200.

9. Léger D, Bayon V, Ohayon MM, Philip P, Ement P, et al. Insomnia and accidents: cross-sectional study (EQUINOX) on sleep-related home, work and car accidents in 5293 subjects with insomnia from 10 countries. J Sleep Res. 2014; 23:143-52.

10. Sagaspe, P., Micoulaud-Franchi, J. A., Bioulac, S., Taillard, J., Guichard, K., Bonhomme, E., et al. (2021). Self- perceived sleep during the Maintenance of Wakefulness Test: how does it predict accidental risk in patients with sleep disorders? Sleep.

11. https://www.awsr.be/securite-routiere/somnolence/

12. Pepin JL, Viot-Blanc V, Escourrou P, et al. . Prevalence of residual excessive sleepiness in CPAP-treated sleep apnoea patients : The French multicentre study. Eur Respir J 2009;33:1062–7. 

13. Guilleminault C, Philip P. Tiredness and somnolence despite initial treatment of obstructive sleep apnea syndrome (what to do when an OSAS patient stays hypersomnolent despite treatment). Sleep 1996;19:117–22.

Crédit photo : Image de Drazen Zigic sur Freepik

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