Les actus

Maladies respiratoires. Revue de presse scientifique (avril 2021)

Morceaux choisis issus de la presse scientifique de ces derniers mois.

Environnement : un nouvel indice officiel sur la qualité de l’air

Ces dernières années, les citoyens expriment de plus en plus le besoin d’une information plus complète, en tout point du territoire, sur la qualité de l’air et ses impacts sur la santé. Diffusé par les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA), l’indice ATMO est un indicateur journalier de la qualité de l’air calculé à partir des concentrations dans l’air de polluants réglementés tels que le dioxyde de soufre (SO2), le dioxyde d’azote (NO2), l’ozone (O3) et les particules fines dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres (PM10). L’échelle va de « bon » en bleu à « extrêmement mauvais » en magenta. Mais l’indice ATMO évolue et intègre un nouveau polluant : les particules fines 2,5 PM aux effets sanitaires avérés. Ses seuils sont alignés sur ceux choisis par l’Agence européenne pour l’environnement. Par ailleurs, il permet de fournir une prévision calculée à l’échelle de chaque établissement public de coopération intercommunale (EPCI, des structures administratives regroupant plusieurs communes), sur l’ensemble du territoire national, y compris outre-mer. Pour une évaluation plus fine de l’exposition à la pollution de l’air.

Quelle influence des maladies respiratoires sur l’évolution de la COVID-19 ?

L’épidémie de Covid-19 a commencé il y a plus d’un an désormais. Avec le recul, quels liens peut-on discerner entre maladies respiratoires chroniques et Covid-19 ? Une large étude anglaise en population (cohorte de 8 millions de personnes, dont 15,4 % avaient une maladie respiratoire) confirme que les maladies respiratoires préexistantes augmentent le risque d’hospitalisation pour COVID-19 sévère chez les sujets infectés par le SARS-CoV-2. Ceci vaut pour la BPCO, les pneumopathies interstitielles ou le cancer du poumon mais moins pour l’asthme. Même constat vis-à-vis du risque de décès. Mais relativisons : ce risque de décès reste toutefois bien inférieur au risque de décès (toutes causes confondues) à cette même période dans la population générale. Vaccination anti-Covid, gestes barrières mais également un contrôle optimal de la maladie chronique restent le meilleur moyen de se protéger.

Ref : Aveyard P. et al. Association between pre-existing respiratory disease and its treatment, and severe COVID-19: a population cohort study. Lancet Respir Med 2021 Apr 1;S2213-2600(21)00095-3

Asthme professionnel : certains personnels de santé à haut risque

Après les coiffeurs à cause des produits capillaires, les boulangers et les pâtissiers du fait de l’utilisation des farines, le personnel infirmier est un groupe particulièrement à risque d’asthme professionnel, rapporte l’Observatoire national des asthmes professionnels (ONAP). Les produits biocides entrant dans la composition des désinfectants des sols, de l’atmosphère et des instruments médicaux, sont par définition des molécules très réactives, irritantes et potentiellement sensibilisantes (ammoniums quaternaires, glutaraldéhyde, formaldéhyde, chlorhexidine, amines aliphatiques, chloramine-T…). Selon une vaste étude sur plus de 17 000 infirmiers aux États-Unis et au Canada relative à l’utilisation professionnelle de DHN (désinfectants de haut niveau), ils induisent un risque accru d’asthme. Après éviction, la guérison est possible si l’arrêt de l’exposition est survenu suffisamment tôt. Le remplacement du biocide sensibilisant par un autre est parfois possible et permet alors l’amélioration, voire la disparition des symptômes. Néanmoins, une sensibilisation à plusieurs biocides n’est pas exceptionnelle.

Ref : Dumas O, et coll. : Occupational use of high-level disinfectants and asthma incidence in early- to mid-career female nurses: a prospective cohort study. Occup Environ Med., 2021;78:244-247. doi: 10.1136/oemed-2020-106793.

Covid-19 : Que penser de l’impact du tabagisme ?

Dès le début de l’épidémie, des informations ont circulé laissant entendre que le tabagisme jouerait un rôle protecteur vis-à-vis de la Covid-19. Aucune étude ne s’appuyait sur une méthodologie statistique suffisante pour l’affirmer. Une méta-analyse (regroupement de plusieurs études, totalisant ici près de 30 000 patients hospitalisés) récente se distingue enfin des précédentes par son envergure et sa rigueur méthodologique. Elle conclut que le tabagisme actif ou ancien est bien un facteur d’aggravation de la Covid-19. Selon les auteurs, non seulement les effets directs et immédiats du tabagisme sur les voies respiratoires fragilisent le fumeur face au virus mais, de manière indirecte, les maladies chroniques qu’il occasionne, telle la BPCO, y contribuent également. C’est d’ailleurs pourquoi le tabagisme ancien apparaît comme un facteur pronostique qui aggrave la sévérité de la maladie.

Ref : Reddy R K et coll. The effect of smoking on COVID-19 severity: A systematic review and meta-analysis. J Med Virol. 2021;93:1045–1056. DOI: 10.1002/jmv.26389.

Sevrage tabagique, sus aux idées reçues !

Au congrès annuel de cardiologie (Journées européennes de la Société française de cardiologie 2021), une intervention du Pr Daniel Thomas (Cardiologie et maladies vasculaires) et vice-président de l’Alliance contre le tabac, a démonté les idées reçues sur le tabagisme dont celle sur la prise de poids inéluctable à l’arrêt de la cigarette. En réalité, celle-ci n’est pas systématique : la prise de poids moyenne est de 4,5 kg au terme d’un an. Et si 13 % des anciens fumeurs grossissent de plus de 10 kg, 16 % perdent du poids. Les produits d’aide au sevrage (substituts nicotiniques, varénicline, bupropion) limitent la prise de poids pendant la durée du traitement. Une autre idée reçue moins courante suggère qu’en cas de maladie des artères du cœur (maladie coronaire), la substitution nicotinique serait contre-indiquée. En réalité, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) assure non seulement que les substituts nicotiniques sont bien tolérés chez les patients coronariens, mais qu’ils sont recommandés chez les patients coronariens fumeurs. Ils peuvent même être prescrits au décours immédiat d’un infarctus du myocarde. Autre croyance bien ancrée, celle qu’une seule cigarette quotidienne ne fait pas de mal. Erreur, dixit une étude parue en 2018 : fumer en moyenne une cigarette par jour confère un risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) et d’insuffisance cardiaque inférieur seulement de moitié comparé à celui de quelqu’un qui fume vingt cigarettes par jour ! De plus, le risque d’insuffisance cardiaque est triplé quand on fume la pipe, des cigares ou encore la chicha. Enfin, arrêter de fumer au-delà de 60 ans, et même au-delà de 80 ans, diminue de l’ordre de 25 % le risque de décès, et en particulier le risque de décès cardiovasculaire. Quant à l’activité physique, elle n’a jamais minimisé la dangerosité du tabac comme bon nombre de personnes le croient. Le monoxyde de carbone (dont l’affinité pour l’hémoglobine est 200 fois plus importante que celle de l’oxygène) est aussi toxique chez le sportif que chez le non-sportif.

Mucoviscidose : une molécule très efficace arrive bientôt

Un nouveau traitement très efficace soulage les poumons des patients atteints par la mucoviscidose. Cette maladie génétique concerne 6 000 malades en France. Un épaississement et une viscosité du mucus obstruent progressivement les voies digestives et respiratoires. Un traitement de fond particulièrement efficace vient d’obtenir un processus d’autorisation de mise sur le marché accéléré par l’agence américaine du médicament (FDA). Le patron des Instituts nationaux de la santé américains (NIH) a même qualifié cette trithérapie (association des trois molécules élexacaftor-tézacaftor-ivacaftor) de traitement aux « bénéfices impressionnants ». L’Agence européenne du médicament avait donné son feu vert à la mi-2020. En France, la Haute autorisé de santé (HAS) avait fait de même et le Comité économique des produits de santé (CEPS) doit se prononcer sur la mise à disposition prochaine du traitement, sous le nom de Kaftrio. 150 personnes sont déjà traitées mais dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation. Sa commercialisation est attendue impatiemment, car ce médicament pourrait concerner au moins 80 % des malades.

Hélène Joubert

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