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Actualités santé respiratoire

Les actualités de la santé respiratoire en bref

Pollution intérieure dans les salles de classe, sevrage tabagisme chez les seniors ou conserver sa santé (et sa vie) grâce à la « petite reine »… voici les news du printemps !

Asthme en embuscade : les salles de classe polluées à l’origine de milliers de cas

Réduire l’exposition au formaldéhyde et aux moisissures dans les salles de classe pourrait éviter plusieurs dizaines de milliers de cas d’asthme chez les enfants.

Asthme en embuscade : les salles de classe polluées à l’origine de milliers de cas

D’après les premiers résultats de l’évaluation quantitative des impacts sur la santé (EQIS) de la pollution de l’air dans les salles de classe des écoles élémentaires françaises, des milliers d’enfants présenteraient un asthme évitable, imputable aux composés organiques volatils et aux moisissures, d’après une nouvelle étude de Santé publique France.

L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a déjà signalé la présence de divers polluants et une mauvaise aération dans les salles de classe. S’appuyant sur ces données, les chercheurs de Santé publique France ont examiné l’impact de l’exposition à deux polluants courants dans ces environnements : les moisissures et le formaldéhyde, une substance utilisée dans la construction. Le formaldéhyde a été étudié en tant que témoin représentatif de l’exposition globale des élèves de 6 à 11 ans aux composés organiques volatils. Les résultats indiquent qu’une réduction des expositions au formaldéhyde par le biais d’actions d’aération-ventilation de l’air pourrait éviter près de 30 000 cas d’asthme chaque année chez les enfants de 6 à 11 ans. De plus, l’éradication des moisissures visibles dans les salles de classe pourrait prévenir environ 12 000 cas de sifflements, associés au rétrécissement des voies respiratoires.

Vive l’aération des locaux !

L’étude met en lumière un impact significatif lié à l’amélioration des concentrations en formaldéhyde grâce à un renouvellement plus efficace de l’air dans les salles de classe. Reste qu’instaurer cette habitude est parfois compliqué pour des raisons techniques ou logistiques.

Santé publique France émet ainsi quatre recommandations :

  • Intégrer des critères sanitaires et environnementaux dans le choix des matériaux, meubles et fournitures scolaires, visant ainsi à réduire l’exposition au formaldéhyde et à d’autres composés volatils.
  • Parallèlement, l’entretien régulier des systèmes de ventilation et la restructuration de l’aménagement des classes sont également préconisés.
  • En complément, l’incitation à une aération fréquente des salles de classe est essentielle pour diminuer l’exposition aux polluants de l’air intérieur.
  • Enfin, une surveillance réglementaire de la qualité de l’air s’avère nécessaire pour garantir des conditions optimales au sein des établissements scolaires.

Dès 2024, des Évaluations Quantitatives des Impacts sur la Santé (EQIS) à l’échelle locale seront conduites pour affiner ces résultats et élaborer des solutions adaptées aux besoins spécifiques de chaque école. Ces évaluations incluront également l’analyse de l’influence du trafic routier à proximité des écoles sur la santé des enfants, en mettant l’accent sur les émissions de particules fines.

Le saviez-vous ? En France, au moins 10 % des 12 millions d’enfants effectuant leur rentrée chaque année souffrent d’asthme.

Référence : Évaluation quantitative d’impact sur la santé de la pollution de l’air dans et autour des établissements (janvier 2024, santé publique France)

Les nanoparticules : invisibles et inodores

Chaque jour, environ 15 000 litres d’air transitent par nos voies respiratoires, soit environ 9 litres d’air par minutes. Une fois dépliés, nos poumons représentent environ une surface de 70m2. Lorsque l’on sait que nous respirons entre 150 et 750 milliards de nanoparticules chaque jour, il devient capital de comprendre et de soigner les effets de la pollution atmosphérique. Aujourd’hui, les conséquences de la pollution de l’air sont multiples : poumons, cœur, cerveau et bien plus encore. Chaque année, près de 7 millions de décès sont imputables à l’exposition à la pollution de l’air extérieur et intérieur.

Pourquoi les nanoparticules sont-elles délétères pour le poumon ? « Car elles sont de l’ordre du nanomètre, soit un milliardième de mètre », explique le Dr Fabrice Nesslany, directeur du laboratoire de toxicologie génétique de l’Institut Pasteur de Lille. « Invisibles, inodores, elles se logent dans les alvéoles des poumons, puis transloquent c’est-à-dire migrent vers d’autres organes. Au banc des accusés, principalement, les particules émises par le diesel, dites fines à ultra-fines, qui pénètrent très profondément dans l’appareil respiratoire et peuvent même passer à travers les vaisseaux et se retrouver dans la circulation sanguine. » Le diesel représente un facteur déterminant de l’augmentation de prévalence et de morbidité des maladies allergiques en agissant non seulement sur les réponses allergiques préétablies mais aussi sur leur genèse.

Pour en savoir plus : Un dossier du laboratoire de toxicologie génétique de l’Institut Pasteur de Lille Pollution de l’air et santé : quels liens ? Quels effets ?

Référence : Évaluation quantitative d’impact sur la santé (ÉQIS) de la qualité de l’air dans et autour des établissements scolaires (janvier 2024) Mis à jour le 8 février 2024.

Les enfants les plus affectés par un surcroît de pollution de l’air sont les plus modestes

Une étude de la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) dresse un douloureux constat : montre que les enfants vivant dans les foyers les plus modestes sur le plan socio-économique sont les plus exposés aux effets de la pollution de l’air.

En France métropolitaine, ce sont les jeunes enfants vivant dans les ménages les plus aisés et dans les ménages les plus modestes qui sont les plus exposés à la pollution de l’air due aux particules fines de moins de 2,5 micromètres. D’une part, la pollution atmosphérique se concentre dans les villes, où les plus aisés résident plus souvent. D’autre part, les moins aisés vivent plus souvent, au sein des aires d’attraction des villes, dans les communes les plus polluées : au sein de ces espaces, ce sont les enfants des ménages les plus modestes qui sont les plus exposés du fait de leur localisation. Les enfants issus de milieux modestes supportent donc le fardeau le plus lourd, nécessitant en moyenne plus de soins à la maternité. Ils sont aussi plus fréquemment admis en urgence à l’hôpital pour asthme et bronchiolite avant leur troisième anniversaire, avec des risques doublés par rapport aux enfants plus aisés.

Enfin, l’accès aux soins est également inégal, les ménages modestes ayant moins fréquemment recours aux médicaments contre l’asthme en pharmacie de ville. Les auteurs soulignent qu’une réduction de 1% de l’exposition annuelle aux principaux polluants atmosphériques pendant la première année de vie pourrait éviter 2 000 hospitalisations pour bronchiolites, 1 800 pour asthme, et 6 100 prises en charge d’enfants nécessitant des médicaments antiasthmatiques.

Référence : Plus exposés à la pollution de l’air, les jeunes enfants des ménages modestes, plus fragiles, sont les plus affectés. DRESS. ÉTUDES ET RÉSULTATS N° 1292. Paru le 04/01/2024

Pollution intérieure : il ne faut pas sous-estimer les composés organiques semi-volatiles

L’air intérieur renferme divers polluants, notamment des produits chimiques présents dans les matériaux de construction, les produits de nettoyage, et autres articles ménagers. Certains de ces composés, appelés composés organiques volatils (COV), peuvent être inhalés, tandis que d’autres, connus sous le nom de composés organiques semi-volatils, dont les fameux phtalates, que l’on retrouve à peu près partout, peuvent se déposer sur les surfaces, y compris la poussière à l’intérieur de l’habitation. Ces substances ont la capacité de pénétrer le corps par inhalation, ingestion, contact avec des surfaces, voire directement à travers la peau depuis l’air ambiant.

Il est souvent présumé que l’exposition aux produits chimiques ne présente un risque que par ingestion ou inhalation. Cependant, des recherches approfondies ont révélé que l’absorption cutanée joue aussi un rôle dans la présence de phtalates dans notre organisme. Des études ont montré que même une exposition exclusive de la peau entraînait une absorption significative de ces composés.

De manière logique, cette absorption cutanée s’avère plus élevée lorsque les deux voies d’exposition – cutanée et respiratoire – sont impliquées. En outre, il a été démontré que les vêtements agissent comme un “réservoir” de polluants, accentuant ainsi le problème. Ainsi, à mesure que notre exposition aux composés chimiques augmente, la probabilité d’adsorption cutanée augmente également.

Heureusement, plusieurs mesures peuvent réduire cette vulnérabilité. Il est recommandé d’opter pour des matériaux de construction à faible émission, tels que des peintures et des adhésifs, de nettoyer régulièrement les surfaces intérieures pour éliminer les dépôts chimiques, de maintenir une hygiène rigoureuse des vêtements et de la literie, et de favoriser une ventilation adéquate à travers une aération fréquente, sauf si le domicile est équipé d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC) efficace.

Référence 

Le chiffre à retenir

Image by freepi

3000, c’est le nombre de décès annuels qui pourraient être évités dès 2025 en France si l’essor de l’usage du vélo (et de la marche) continuait au rythme actuel, estime Pierre Barran (Conservatoire national des arts et métiers, France).

Une méta-analyse* (analyse de plusieurs études parues sur le même sujet) a ainsi mis en évidence que la pratique hebdomadaire d’1h40 de vélo réduisait le risque de décès (toutes causes confondues) de 10 %, et que la pratique de 2h50 de marche hebdomadaire réduisait ce risque de 9 %. À l’échelle d’une population, ces effets protecteurs sont substantiels. D’ailleurs, il y aurait, depuis 2019, 18 % de cyclistes en plus sur les routes hors agglomération.  

Mais il y a un bémol de taille : les décès de cyclistes ont augmenté de près de 38 % depuis 2019, d’après l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR). Les décès surviennent essentiellement lors de sorties loisir, beaucoup moins sur le trajet pour aller ou revenir du travail. Plus étonnant encore, les décès se produisent la plupart du temps dans des conditions normales : 77 % en plein jour, 69 % en dehors de tout croisement, 87 % sur route sèche. Faciliter les mobilités douces et l’activité physique, c’est donc sécuriser les déplacements cyclistes par des infrastructures dédiées. Mais les départements rechignent à engager leur budget pour une pratique jugée trop marginale, dixit l’UFC Que Choisir.

Cependant, font remarquer Kévin Jean (Conservatoire national des arts et métiers /CNAM) et Philippe Quirion (Centre national de la recherche scientifique/CNRS) **, « en 2019, il était ainsi estimé que seuls 2,7 % des trajets des Français étaient effectués en vélo… soit le même chiffre, à la décimale près, qu’en 2008***. En d’autres termes, les politiques publiques de promotion du vélo sont passées à côté d’une décennie de bénéfices potentiels pour les objectifs climatiques de la France et pour la santé de sa population. »

Références :

Le tabagisme chez les plus de 75 ans

Tabagisme chez les plus de 75 ans

Peu de données et d’études existent sur le tabagisme chez les personnes de 75 ans et plus, voire 85 ans. Selon les chiffres français de 2021, 6 % d’entre eux fument quotidiennement. Cependant, cela englobe une population très diverse, allant de 65 à 95 ans. Face à ce contexte, se pose la question de la pertinence du sevrage tabagique pour cette tranche d’âge.

Le Dr Gilles Albrand, gériatre aux Hospices Civils de Lyon, l’a abordée lors du 28e Congrès de Pneumologie de Langue Française (26-28 janvier 2024, Lille). Selon lui, il est essentiel d’adopter une approche pragmatique, sans dogmatisme. Il préconise de toujours proposer le sevrage, mais en s’adaptant au cas par cas chez les personnes âgées. Il souligne l’importance de comprendre les contextes cliniques dans lesquels encourager l’arrêt du tabagisme est le plus pertinent.

Si l’on cherche à esquisser le portrait des fumeurs âgés, on découvre que la grande majorité d’entre eux ont une longue histoire de tabagisme. Bien qu’il n’existe pas de données claires comparant la capacité des personnes âgées à arrêter de fumer par rapport aux sujets plus jeunes, l’ancienneté de leur dépendance suggère des difficultés potentiellement accrues lors d’une tentative de sevrage.

Parmi les fumeurs âgés, on observe également une génération de « néo-fumeurs », débutant leur habitude tabagique à la suite d’événements marquants tels qu’un décès, la retraite, une rupture ou un isolement social. À ces facteurs s’ajoute le contexte clinique, qui peut soit encourager, soit dissuader l’idée d’un sevrage tabagique.

Gilles Albrand a souligné qu’une part significative des sujets âgés et fragiles bénéficierait d’un sevrage tabagique, malgré les réticences exprimées, telles que la perception de leur capacité à réussir, la perte d’un “plaisir” et les bénéfices potentiels. De nombreux fumeurs âgés estiment souvent qu’il est trop tard pour arrêter, même s’ils sont conscients de l’impact sur leur santé. Une certaine acceptation du rôle du tabac dans leur situation médicale peut aussi rendre vaines les incitations au sevrage. Dans ce contexte, les arguments doivent être individualisés, mettant en avant les différents avantages à court ou moyen terme qu’ils pourraient en obtenir.

Sur le plan clinique, il est observé que le sevrage tabagique entre 70 et 79 ans réduit de 27 % le risque de décès d’origine cardiovasculaire. En outre, les liens entre les troubles cognitifs et le tabagisme sont bien établis : le fait de fumer accroît la prévalence de la maladie d’Alzheimer à composante vasculaire, particulièrement en cas d’association avec l’hypertension, le diabète ou la dépression.

Par ailleurs, tabac et chirurgie ne font pas bon ménage. Le tabagisme affaiblit le système immunitaire, augmentant ainsi le risque d’infections post-opératoires. La littérature scientifique décrit également une fréquence accrue de complications liées à la chirurgie, telles que l’échec des implants en chirurgie bucco-dentaire, des complications post-opératoires en chirurgie orthopédique, des difficultés de cicatrisation dans la chirurgie du cancer du sein, le lâchage de sutures après une chirurgie digestive, et un ralentissement de la reconstruction osseuse après une fracture ouverte.

Référence : CPLF 2024 – Le tabac : un poison à tous les âges de la vie (27 janvier 2024)

Photo : EyeEm

Chauffage au bois. Peut-on le promouvoir au nom de l’environnement ?

Chauffage au bois. Peut-on le promouvoir au nom de l’environnement ?

Mathex Simon, doctorant en économie de l’environnement et en économie comportementale, CEE-M, Inrae, s’est posé la question.

En 2021, plus d’un foyer français sur dix* avait choisi le bois comme principale source de chauffage. Or le chauffage au bois, est la première source de particules fines, un danger pour le système cardiorespiratoire. Le chercheur s’est penché ici sur l’effet écologique engendré par son développement. En effet, ce type de chauffage est fortement encouragé, le bois de chauffage pouvant être considéré comme une énergie renouvelable, neutre en carbone.

Le principal inconvénient du chauffage au bois réside dans les émissions de particules fines qu’il génère (PM2,5 et PM10), et l’impact néfaste de celles-ci sur la qualité de l’air et sur la santé. Le chauffage au bois est d’ailleurs le premier contributeur de cette pollution en France puisqu’il représente respectivement près de 28 % et 43 % des émissions nationales de PM10 et de PM2,5. Cependant, tous les chauffages au bois ne se valent pas. Les anciennes cheminées émettent plus de particules fines que les modèles plus récents. Certaines métropoles offrent des subventions, comme celles du Fonds Air Bois, pour encourager le remplacement des anciens dispositifs. Mais attention à l’effet rebond, prévient le chercheur : lorsque l’adoption d’une technologie plus performante aboutit à des bénéfices inférieurs à ceux attendus. Ici, l’efficacité croissante des technologies entraîne une baisse de leur coût, d’où une utilisation accrue, un changement de comportement qui génère une consommation d’énergie supplémentaire et des émissions de particules fines, compensant une partie des avantages de la nouvelle technologie.

Des économistes ont tenté d’estimer l’ampleur de cet effet rebond dans le chauffage au bois. Entre 10 et 30 % des avantages liés à l’utilisation d’un chauffage plus efficace sont perdus car les individus tendent à chauffer davantage. L’effet rebond peut être considéré comme un comportement rationnel : lorsque le prix d’un service diminue, il est logique que les individus l’utilisent davantage. Mais un mécanisme psychologique pourrait jouer aussi, tels que celui dénommé « compensation morale ». L’effet de compensation morale décrit la tendance d’un individu à compenser une action vertueuse par une autre moins souhaitable, souvent de manière inconsciente (s’accorder un fast-food qu’on s’autorise à manger après une séance de sport). Cela peut se produire après des comportements écologiques, tels que le recyclage ou l’achat de produits respectueux de l’environnement. Or, le chauffage au bois satisfait les conditions nécessaires à l’effet de compensation morale.

Aucune étude n’a encore prouvé que l’investissement dans une technologie écologique entraînait une utilisation accrue. L’importance de l’effet de compensation morale dans le contexte du chauffage au bois doit être évaluée, mais l’enquête menée par Mathex Simon suggère que les conditions nécessaires pour son apparition sont potentiellement remplies. En effet, la majorité des répondants considère le chauffage au bois comme vertueux, tant sur le plan individuel que sociétal, ce qui pourrait favoriser l’émergence de cet effet, en particulier avec des appareils perçus comme écologiques, tels que les poêles ou les chaudières à granulés.

Le chercheur estime que cette énergie de chauffage sera sujette à un effet rebond, au moins d’ordre économique. En effet, il est presque certain que si les coûts de chauffage baissent, les individus en profiteront pour davantage se chauffer.  

Références :

Hélène Joubert, journaliste, pour Santé respiratoire France

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