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Avancée prometteuse dans le traitement de la BPCO : une 1ère biothérapie améliore la capacité respiratoire

Le dupilumab, un anticorps monoclonal, a déjà démontré son efficacité dans le traitement de l’asthme sévère et de l’eczéma. Ce médicament biologique était à l’étude dans un essai clinique de phase 3 pour traiter la BPCO. Les résultats, présentés à la fois dans la revue scientifique New England Journal of Medicine et lors du Congrès international 2024 de l’American Thoracic Society (ATS) à San Diego (17 au 22 mai 24) sont prometteurs : les exacerbations sont réduites et la fonction pulmonaire des patients améliorée.

Aujourd’hui, les traitements disponibles dans la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) comprennent les bronchodilatateurs, les corticoïdes inhalés, la méthylxanthine, les antibiotiques, les anti-oxydants, la vaccination pour prévenir les infections respiratoires, le sevrage tabagique, la ventilation non invasive, l’oxygénothérapie, les valves endobronchiques, la chirurgie, la transplantation pulmonaire, etc. ainsi que la réadaptation respiratoire et l’activité physique, adaptée ou en autonomie. Bien que les bronchodilatateurs offrent un confort respiratoire et réduisent les crises qui aggravent la maladie (appelées “exacerbations”, nécessitant parfois une corticothérapie par voie générale (systémique) et/ou une hospitalisation), leur efficacité reste limitée. Par conséquent, il est nécessaire de trouver de nouveaux médicaments capables non seulement de diminuer le nombre d’exacerbations, mais aussi, dans l’idéal, d’améliorer la capacité respiratoire.

Le dupilumab, un médicament biologique, relevait ce défi avec une grande attente, étant donné son efficacité dans six autres pathologies caractérisées elles-aussi chez certains patients par une inflammation de type 2 (de type Th2). Ce type d’inflammation est caractérisé par un nombre élevé d’éosinophiles, un type de globules blancs impliqués dans les réponses immunitaires. Ces maladies comprennent l’eczéma atopique (dermatite atopique), l’asthme, la polypose nasale, le prurigo nodulaire, l’œsophagite à éosinophiles et l’urticaire chronique spontanée, après l’échec des traitements conventionnels.

Le dupilumab est un anticorps monoclonal entièrement humain, agissant en inhibant spécifiquement certains facteurs clés de la réaction inflammatoire, à savoir les interleukines 4 et 13. Il n’exerce aucun effet immunosuppresseur, c’est à dire qu’il ne réduit pas les défenses immunitaires.

👉 Pour information, un produit biologique est produit pharmaceutique fabriqué à partir de cellules vivantes ou dérivé de celles-ci (en l’occurrence ici appartenant à l’homme). Contrairement aux médicaments chimiques traditionnels, qui sont composés de petites molécules et synthétisés par des processus chimiques, les médicaments biologiques sont généralement de grandes molécules complexes, comme les protéines, les anticorps, ou les hormones.
 
👉 Un anticorps monoclonal est une protéine produite en laboratoire conçue pour se lier spécifiquement à une seule cible, souvent une molécule présente sur la surface des cellules. Ces anticorps sont produits par un seul clone de cellules immunitaires, d’où le terme “monoclonal”. Ils sont utilisés dans divers traitements médicaux en raison de leur capacité à cibler précisément des cellules ou des molécules spécifiques, comme dans le cas des cancers, des maladies auto-immunes, et des infections. Les anticorps monoclonaux peuvent soit neutraliser directement les agents pathogènes, soit marquer les cellules malades pour qu’elles soient détruites par le système immunitaire du patient.

Le dupilumab est administré par injection, toutes les deux semaines dans l’étude NOTUS.

Des exacerbations réduites et une augmentation du Volume Expiratoire Maximum par Seconde (VEMS)

L’étude clinique de phase 3 (NOTUS) a porté sur 935 patients atteints de BPCO souffrant d’exacerbations aiguës (plus d’une exacerbation sévère ou plus de 2 exacerbations modérées) nécessitant au moins une cure de corticothérapie orale par an malgré un traitement optimal comportant au moins une triple thérapie (CSI + LABA + LAMA)*, et la présence d’une inflammation de type Th2 attestée par un taux d’éosinophiles supérieur à 300/mm³

Dans ce sous-groupe des personnes ayant une BPCO, cette biothérapie dupilumab semble réduire le risque d’exacerbations d’un tiers. Ces chiffres sont en accord avec les conclusions d’une étude de phase 3 précédente publiée en 2023 (BOREAS).

Concrètement, l’administration du médicament pendant 52 semaines en complément de bronchodilatateurs et de corticoïdes* entraîne une réduction moyenne de 34 % des exacerbations modérées et sévères. Dans le groupe de patients traités par le dupilumab, le taux annuel d’exacerbations s’établit à 0,86, comparé à 1,30 dans le groupe placebo (la différence est significative).

Par ailleurs, les investigateurs observent une amélioration significative de la fonction respiratoire, avec une augmentation du Volume Expiratoire Maximum par Seconde (VEMS) deux fois plus importante, de 82 ml (de 139 ml à 57 ml) à 12 semaines et de 61 ml (de 115 ml à 54 ml) à 52 semaines.

Les scores de qualité de vie et de sévérité des symptômes respiratoires étaient supérieurs chez les patients sous biothérapie. Aucune alerte n’a été soulevée concernant la sécurité d’emploi de la biothérapie.

Cette biothérapie s’adresserait au minimum à 30 000 patients français

Entre 30 000 et 60 000 patients en France pourraient potentiellement bénéficier de ce traitement, particulièrement ceux qui ne répondent pas aux traitements actuellement disponibles. La décision de l’autorisation de mise sur le marché dans l’indication BPCO sera prise par les autorités américaines du médicament (FDA) le 27 juin. L’autorité européenne du médicament (EMA) examine aussi le dossier. Ainsi, le dupilumab pourrait marquer un tournant en devenant le premier nouveau médicament pour le traitement de la BPCO depuis plus de dix ans, ainsi que le premier médicament ciblé dans cette indication.

Dr Laurent Nguyen, pneumologue (Bordeaux) et secrétaire de Santé respiratoire France :

« Dans ce sous-groupe particulier de patients ayant une BPCO sévère, cette étude NOTUS confirme les résultats de l’étude BOREAS publiée en 2023. Rien de très nouveau donc, mais elle apporte des preuves supplémentaires d’efficacité de cette biothérapie, le dupilumab. Elle permet au laboratoire de demander l’autorisation de mise sur le marché aux États-Unis et en Europe. C’est une nouvelle classe thérapeutique qui permettra d’élargir l’arsenal contre cette maladie. »

* En plus d’une trithérapie associant un corticoïde, un bronchodilatateur bêta-2 agoniste de longue durée d’action (LABA) et un bronchodilatateur anticholinergique de longue durée d’action (LAMA) (LABA et bronchodilatateur anticholinergique de longue durée d’action en cas de contre-indication aux corticoïdes inhalés).

Hélène Joubert, journaliste santé

Références :

Communication sur l’essai de phase III NOTUS relative à Dupixent® dans le traitement de la BPCO 

Bhatt SP, Rabe KF, Hanania NA, et al; NOTUS Study Investigators. Dupilumab for COPD with Blood Eosinophil Evidence of Type 2 Inflammation. N Engl J Med. 2024 May 20. doi: 10.1056/NEJMoa2401304. Epub ahead of print. PMID: 38767614.

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