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Les actus

Santé respiratoire de la femme : que nous disent les dernières recherches ?

En ce 8 mars 2026, Journée internationale des droits des femmes, une problématique se pose : les hommes et les femmes ne sont pas forcément égaux face aux médicaments et aux traitements en général, en sachant que la variable homme/femme n’est pas encore bien considérée dans les essais cliniques sur ces questions. De plus, certaines périodes de la vie, comme la grossesse, peuvent modifier la façon dont ils agissent.
Quelle est l’efficacité et la sécurité des traitements de l’asthme chez la femme enceinte ? Les bénéfices de la réadaptation respiratoire à domicile varient-ils selon le genre ? Des facteurs hormonaux peuvent-ils influencer le risque de cancer du poumon chez les femmes ?…
Retour sur cinq thématiques consacrées aux femmes, abordées lors du 30e congrès de pneumologie de langue française (CPLF, 30 janvier – 1er février 2026, Lille), dont le fil conducteur était : « sexe et genre, sexe et santé respiratoire ».

BPCO : des différences marquées entre hommes et femmes, malgré des traitements similaires

Femme santé respiratoire

Une étude française s’est intéressée aux différences entre les hommes et les femmes atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), en tenant compte du degré de sévérité de l’obstruction des bronches. Pour cela, les chercheurs se sont appuyés sur les données de la cohorte Colibri-BPCO, issue d’une consultation digitale spécialisée. L’analyse a porté sur 5 224 personnes atteintes de BPCO. Ainsi, les différents questionnaires montraient que la maladie avait un retentissement plus important sur la qualité de vie des femmes. Les scores d’anxiété-dépression (HAD), d’impact respiratoire (DIRECT) et de qualité de vie (CAT) étaient globalement plus altérés chez elles. Cette différence s’atténuait cependant dans les formes les plus sévères.

Concernant l’essoufflement (mesuré par le score MRC), la proportion de patients présentant une dyspnée significative (MRC ≥ 2) était comparable entre les sexes, sauf au stade modéré (VEMS entre 50 et 80 %), où les femmes présentaient plus souvent des symptômes.

Les exacerbations, c’est-à-dire les aggravations aiguës des symptômes, étaient plus fréquentes chez les femmes (36,3 % contre 28,6 % chez les hommes), sauf au stade très sévère. La distension thoracique était également plus souvent observée chez elles.

Les traitements prescrits étaient globalement similaires entre hommes et femmes.

Ce que cette étude nous dit est que la BPCO chez la femme présente un profil clinique particulier. Elle s’accompagne d’un impact plus important sur la qualité de vie, d’une plus grande fragilité psychologique et d’un risque globalement plus élevé d’exacerbations. Pourtant, à sévérité équivalente, les prescriptions médicamenteuses restent identiques entre les sexes. Les recherches doivent se poursuivre afin d’adapter plus finement la prise en charge des femmes ayant une BPCO.

Ref : Aguilaniu B. ; Marquette C.H. ; Leroy S. ; Pei Zhi Li. Caractéristiques cliniques selon le genre en fonction de la sévérité de l’obstruction bronchique à partir de la cohorte Colibri-BPCO. CPLF 2026

La pollution de l’air augmente le risque de cancer du poumon chez les femmes, selon l’étude française WELCA

En France, en 2023, on a recensé plus de 19 000 nouveaux cas de cancer du poumon chez les femmes et environ 10 000 décès. Il s’agit du troisième cancer le plus fréquent chez elles et de la deuxième cause de décès par cancer.

Entre 2010 et 2023, la situation a évolué différemment selon le sexe. Alors que chez les hommes, le nombre de nouveaux cas a diminué, chez les femmes l’incidence augmente régulièrement, d’environ 4,3 % par an. Si le principal facteur de risque reste le tabagisme, d’autres facteurs environnementaux sont associés à une augmentation du risque de cancer du poumon, dont l’exposition à la pollution de l’air, en particulier aux particules fines (PM de diamètre de 2,5 microns- PM2,5 et PM10) et au dioxyde d’azote (NO₂).

Les données scientifiques restent limitées concernant les populations féminines occidentales. De même, l’impact de certains polluants ayant une activité proche des hormones féminines, les œstrogènes, comme les dioxines ou le cadmium, est peu étudié.

Pour tâcher d’y voir plus clair, un travail réalisé à partir de la WELCA study (Women Epidemiology Lung Cancer), entre 2014 et 2017 en population générale en Île-de-France a analysé le lien entre l’exposition à la pollution atmosphérique et le risque de cancer du poumon chez les femmes. L’étude a inclus 716 femmes ayant reçu un diagnostic récent de cancer du poumon. Elles ont été comparées à 750 femmes sans cancer, appelées « témoins », comparables en âge et en département de résidence.

Quels sont les résultats ? Une augmentation de 10 µg/m³ de pollution est associée à une hausse du risque de cancer du poumon. Pour les particules fines PM2,5, le risque était environ 60 % plus élevé, et pour les PM10, il était environ 140 % plus élevé. En revanche, aucune relation significative n’a été retrouvée avec les autres polluants étudiés, à savoir le NO2 et le cadmium. Les résultats étaient similaires chez les femmes fumeuses et chez celles qui ne fumaient pas.  

Ref : Lisa L. ; Coudon T. ; Praud D. et al. Pollution de l’air et risque de cancer du poumon chez les femmes : Résultats de l’étude WELCA. CPLF 2026

Les facteurs hormonaux pourraient-ils influencer le risque de cancer du poumon chez les femmes ?

Chez les femmes, une partie des cas de cancers du poumon ne s’explique pas par les facteurs de risque classiques, d’autres pourraient donc intervenir. Parmi les pistes étudiées, le rôle des hormones féminines, notamment les œstrogènes, est évoqué. Un travail a examiné si les facteurs hormonaux pouvaient influencer le risque de cancer du poumon chez les femmes.

A partir de la WELCA study, étude menée entre 2014 et 2017 en Île-de-France qui a comparé 716 femmes ayant un cancer du poumon à 756 femmes sans cancer, les femmes ont été questionnées sur leurs habitudes de vie jusqu’aux traitements hormonaux utilisés.

Selon des données encore préliminaires, l’utilisation de contraceptifs hormonaux était globalement associée à une réduction du risque. En revanche, aucune association n’a été mise en évidence avec d’autres facteurs hormonaux, tels que l’âge de la puberté, le nombre de grossesses, l’allaitement, les caractéristiques de la ménopause, l’usage des traitements hormonaux de la ménopause ou ceux de la fertilité.

Ces résultats laissent penser que les expositions hormonales pourraient jouer un rôle dans le risque de cancer du poumon, que les femmes soient fumeuses ou non. Mais tout reste encore à découvrir.

Ref : Gueye Y. ; Cordina Duverger E. ; Wislez M. et al Facteurs de risque spécifiques de cancer du poumon chez les femmes : impact de l’exposition hormonale « vie entière ». Résultats préliminaires de l’étude cas-témoins WELCA (Women Epidemiology Lung Cancer). CPLF 2026

Le genre n’impacte pas les résultats de la réadaptation respiratoire à domicile chez les personnes atteintes de BPCO

La réadaptation respiratoire (RR) est un programme personnalisé qui réunit plusieurs approches : des exercices physiques adaptés, une éducation du patient pour mieux comprendre sa maladie et ses traitements, ainsi qu’un accompagnement psychologique. Ce traitement reconnu pour les maladies respiratoires chroniques est encore peu utilisé. En France, les programmes se déroulent en grande majorité à l’hôpital, en hospitalisation complète ou partielle. Pourtant, malgré son efficacité, seulement environ 15 % des personnes atteintes de BPCO en bénéficient, en partie à cause des difficultés d’accès aux structures hospitalières. L’enjeu est donc de développer des solutions d’accès plus larges, dont la réadaptation respiratoire à domicile. Les études montrent que la réadaptation respiratoire est aussi efficace à domicile ou en ambulatoire qu’en hospitalisation, notamment pour améliorer la qualité de vie, la tolérance à l’effort et réduire les coûts de santé.  

Mais existe-t-il des différences hommes/femmes ? Une étude conduite dans les Hauts-de-France a analysé sur 15 ans, l’efficacité de la réadaptation respiratoire à domicile chez des personnes atteintes de BPCO, en comparant les résultats chez les femmes et chez les hommes.

Le programme de réadaptation reposait sur un accompagnement transdisciplinaire : éducation thérapeutique, soutien psychologique et réentrainement à l’effort. Il se déroulait à domicile, une fois par semaine pendant 90 minutes, sur huit semaines. L’analyse a porté sur 1 798 personnes, dont 633 femmes et 1 165 hommes. A noter, la proportion de femmes participant à la réadaptation à domicile a augmenté au fil du temps, passant de 29 % entre 2010 et 2015 à 40 % entre 2021 et 2025. Au début du programme, les femmes étaient en moyenne plus jeunes que les hommes, avec une obstruction bronchique moins sévère, mais un niveau de précarité plus élevé et davantage de symptômes anxieux et dépressifs. Leur capacité fonctionnelle était légèrement meilleure que celle des hommes. Malgré ces différences, les deux groupes ont présenté des améliorations significatives sur l’ensemble des critères mesurés à la fin du programme. Les améliorations cliniques, correspondant à un changement perceptible pour le patient, ont été observées pour la qualité de vie, l’essoufflement, la capacité à l’effort et les symptômes dépressifs, mais pas pour la fatigue ni pour les symptômes d’anxiété. Ainsi, la réadaptation respiratoire à domicile est efficace, aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

Ref : J-M. Grosbois, S. Gephine, O. Le Rouzic. Le genre n’impacte pas les résultats de la réadaptation respiratoire à domicile chez les personnes atteintes de BPCO. Abstract 97, CPLF 2026

L’asthme pendant la grossesse, entre équilibre thérapeutique et sécurité

Une femme enceinte qui souffre d’asthme doit être traitée avec la même efficacité que si elle n’était pas enceinte. Sur ce point, le Dr Delphine Beghin, du Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT), se veut rassurante : les traitements disponibles contre l’asthme, y compris les biothérapies utilisées dans les formes sévères, restent efficaces pendant la grossesse. La question méritait d’être posée. En effet, la grossesse entraîne divers changements physiologiques, comme une augmentation du volume sanguin, une digestion plus lente ou une modification de l’activité des enzymes du foie, etc. En théorie, ces changements pourraient modifier la façon dont les médicaments sont absorbés ou éliminés. Toutefois, dans le cas des traitements de l’asthme, ces modifications ne semblent pas avoir d’impact significatif, fait remarquer la spécialiste. Et leur profil de sécurité est globalement rassurant.

– Précisément, les corticoïdes peuvent être utilisés à tous les stades de la grossesse, quelle que soit la dose ou la voie d’administration, inhalée ou orale. Les données disponibles, notamment pour les expositions en début de grossesse, ne montrent pas d’augmentation du risque de malformations. Les corticoïdes inhalés ne sont associés à aucune complication particulière pour le fœtus ou le nouveau-né et ne nécessitent pas de surveillance spécifique. Lorsque des corticoïdes sont administrés par voie orale en fin de grossesse, une surveillance du nouveau-né peut être envisagée par précaution.

– Concernant les bêta-2 agonistes de courte durée d’action, les données sont surtout nombreuses pour le salbutamol et la terbutaline, et dans une moindre mesure pour le fénotérol. Les études réalisées chez la femme enceinte ne montrent pas d’augmentation du risque de malformations, ni de complications particulières pour le fœtus ou le nouveau-né.

Lorsqu’ils sont utilisés par inhalation, ces médicaments passent très peu dans la circulation générale, environ 10 %, ce qui limite leur diffusion dans l’organisme. Les études menées chez l’animal ne mettent pas en évidence d’effet pouvant être à l’origine de malformations.

En revanche, lorsqu’ils sont administrés par voie orale, intraveineuse ou sous-cutanée, en fin de grossesse, ils peuvent provoquer des effets transitoires chez le fœtus ou le nouveau-né (accélération du rythme cardiaque, perturbations passagères de la glycémie).

– Pour les bêta-2 agonistes de longue durée d’action, le choix repose surtout sur le recul dont on dispose avec chaque molécule. En première intention, le salmétérol et le formotérol, utilisés par inhalation, seuls ou associés à un corticoïde inhalé (fluticasone ou budésonide), ne présentent pas de signal de risque particulier à ce jour. Leur passage dans la circulation générale reste faible, ce qui limite l’exposition du fœtus.

En seconde intention, le fénotérol, l’indacatérol et le vilantérol sont également administrés par inhalation, mais les données disponibles sont beaucoup plus limitées, sans pour autant faire émerger de signal inquiétant. « En pratique, le traitement doit avant tout permettre de maintenir un bon contrôle de l’asthme, assure le Dr Delphine Beghin. On privilégie donc les médicaments pour lesquels on dispose du plus grand recul de sécurité et dont la diffusion dans l’organisme est la plus faible. »

– A propos des anticholinergiques inhalés (ipratropium), utilisés seuls ou associés au fénotérol, ou encore le tiotropium, les données spécifiques chez la femme enceinte sont moins nombreuses. Néanmoins, les études animales n’ont pas mis en évidence d’effet tératogène. « Leur utilisation est donc possible si nécessaire, avec une préférence pour l’ipratropium, commercialisé depuis plus de vingt ans », souligne-t-elle.

– Le montélukast (antiasthmatique de la famille des antileucotriènes) dispose de données particulièrement abondantes, en faveur d’un profil de sécurité compatible avec une utilisation pendant la grossesse.

– Enfin, avec les biothérapies utilisées dans l’asthme, au début de la grossesse, le passage de ces anticorps à travers le placenta est très faible, en particulier au premier trimestre. Cela limite le risque de malformations.

En cas de projet de grossesse, une consultation préconceptionnelle est fortement recommandée.

Si une patiente est traitée, la poursuite de la biothérapie peut être envisagée jusqu’au diagnostic précoce de la grossesse, sans inquiétude particulière concernant un risque malformatif, compte tenu des données disponibles chez l’animal, des données humaines existantes et de l’absence de passage par le placenta avant 14 semaines d’aménorrhée.

Autre situation possible : la découverte d’une grossesse alors que le traitement est déjà en cours. S’il n’existe pas d’alternative efficace et que le maintien du contrôle de l’asthme est indispensable, la poursuite de la biothérapie peut être envisagée.

À partir du deuxième trimestre, le passage placentaire devient plus important et augmente progressivement avec l’avancée de la grossesse. « Il est donc important d’informer l’équipe obstétricale et pédiatrique du traitement reçu, commente Delphine Beghin. Avec certaines molécules, comme le benralizumab, des diminutions transitoires de certains globules blancs, (polynucléaires, éosinophiles), ont été observées chez des nouveau-nés, sans conséquence clinique. Une surveillance néonatale adaptée peut être envisagée, surtout si le traitement a été poursuivi au troisième trimestre. »

Si une biothérapie doit être débutée pendant la grossesse, le choix se porte en priorité sur l’omalizumab, qui bénéficie du recul clinique le plus important. Sa sécurité est la mieux documentée et son efficacité est comparable à celle des autres anticorps monoclonaux. Pour les patientes qui ne répondent pas à l’omalizumab, les autres biothérapies restent possibles, même si les données disponibles pendant la grossesse sont plus limitées.

Ref : CPLF 2026/Salle 3.1 et 3.2 | A04 Sexe et médicaments des bronchopathies chroniques/ Pharmacologie des médicaments respiratoires selon le sexe ( P. DEVILLIER ) 14:30-16:00 |

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