Ce mercredi 4 février marque, comme chaque année, la Journée mondiale de la lutte contre le cancer. Santé respiratoire France, en direct du Congrès de pneumologie de langue française (30 janvier-1er février 2026, Lille) qui vient juste de fermer ses portes, a interrogé le Pr Sébastien Couraud, pneumologue (Hospices Civils de Lyon) et co-coordinateur, avec la Pre Marie-Pierre Revel (AP-HP), d’IMPULSION, dispositif pilote de détection du cancer du poumon à l’échelle nationale, dont le lancement est prévu en mars/avril 2026.
Qu’est-ce qu’IMPULSION ? En quoi consiste ce programme de recherche ? Quelles personnes peuvent y prendre part ? Quel est le parcours des personnes éligibles au dépistage du cancer bronchopulmonaire ? En quoi repose l’examen clé de cette démarche, le scanner thoracique à faible dose ? Est-ce irradiant ? Quelles autres pathologies peuvent être identifiées à cette occasion ? Autant d’interrogations auxquelles le Pr Couraud a accepté de répondre.
IMPULSION en quelques mots
Le programme pilote de dépistage du cancer du poumon en France, IMPULSION, débutera en avril 2026, avec des premiers participants inclus dès mars 2026.
Le lancement concernera au moins cinq régions parmi les plus avancées, rejointes rapidement par d’autres, ouvrant la voie à un dépistage d’ampleur nationale avant la fin de l’année 2026.
IMPULSION n’a pas pour objectif d’évaluer la pertinence du dépistage à large échelle (son intérêt est désormais reconnu et validé), mais de poser les bases d’une organisation structurée – en d’autres termes de tester la faisabilité d’un tel dépistage au sein de la population – afin de détecter le cancer du poumon le plus précocement possible.
Cela fait déjà plusieurs années que les preuves de l’intérêt du dépistage du cancer broncho-pulmonaire chez les personnes à risque ne font plus débat. Elles reposent sur de grandes études, dont l’essai américain NLST, l’étude européenne NELSON et des revues de la Cochrane Library, montrant une réduction d’environ 25 % de la mortalité spécifique liée au cancer broncho-pulmonaire, avec un effet plus important chez la femme.
Dans IMPULSION, la population cible (dite « éligible ») est définie : individus âgés de 50 à 74 ans, avec une exposition tabagique supérieure à 20 paquets-années (l’équivalant de 2 paquets de cigarettes pendant plus de 10 ans ou d’un paquet de cigarettes pendant plus de 20 ans), fumeurs actifs ou sevrés depuis moins de quinze ans.
Les volontaires seront identifiés par les professionnels de santé. En parallèle, un courrier sera adressé non pas aux 4 millions de Français correspondant aux critères, mais à 20 000 personnes, sur une durée de trois ans. Toute personne se considérant éligible pourra aussi d’elle-même consulter son médecin, qui l’orientera, ou, à partir du mois de mars, elle pourra appeler le 3433 ou consulter le site internet dédié : www.depistage-cancer-poumon.fr (opérationnel en avril 2026).
Le dispositif repose sur un scanner thoracique basse dose, sans injection de produit de contraste. Le processus prévoit un examen initial, un contrôle à un an, puis une imagerie tous les deux ans. Pour les 2 000 premiers participants, une double lecture sera assurée par une intelligence artificielle.
Lorsqu’une anomalie suspecte (un nodule pulmonaire, par exemple) est identifiée sur le scanner, une prise en charge spécialisée devra être organisée dans un délai maximal de trois semaines. En cas de zone grise (anomalies visualisées sur le scanner thoracique ne permettant pas de conclusion formelle), le radiologue pourra programmer un examen de contrôle à un, trois ou six mois.
D’autres bénéfices du scanner thoracique sont attendus : identification de calcifications coronariennes (dépôts de calcium sur les artères du cœur, signes d’un vieillissement des vaisseaux et d’un risque cardiovasculaire accru), d’affections respiratoires (emphysème, maladies interstitielles) et d’ostéoporose. Une éventuelle BPCO pourra être détectée chez les participants ayant accepté de prendre part aux trois études de moindre ampleur conduites simultanément, via une mesure du souffle par spirométrie*.
Hélène Joubert, journaliste (31/01/26)
* Il a ainsi été montré que le dépistage systématique de la BPCO chez les participants au programme de dépistage du cancer du poumon permet d’identifier 17 à 20 % de cas de BPCO. Références : Tisi S, Dickson JL, Horst C, et al. Detection of COPD in the SUMMIT Study lung cancer screening cohort using symptoms and spirometry. Eur Respir J. 2022 Dec 8;60(6):2200795. Bradley C, Alexandris P, Baldwin DR, et al. Measuring spirometry in a lung cancer screening cohort highlights possible underdiagnosis and misdiagnosis of COPD. ERJ Open Res. 2023 Aug 21;9(4):00203-2023.