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Témoignages

« Comment une grippe sévère a mis en danger ma santé respiratoire »

Brigitte, 80 ans (Gironde)

Santé respiratoire France : Bonjour Brigitte, pouvez-vous vous présenter ?

« J’ai 80 ans, j’habite en Gironde et je suis à la retraite, après toute une vie professionnelle en tant qu’infirmière puis cadre de santé. J’ai un diabète de type 2 et une hypertension, deux maladies bien contrôlées. Mais avec le diabète, les infections compliquent souvent les choses.

Pour l’instant, je n’ai pas de BPCO ni d’autre problème respiratoire diagnostiqué, mais j’ai prochainement une consultation pour passer des examens complémentaires dont une mesure du souffle afin de comprendre pourquoi, parfois, je ressens des essoufflements et des impressions de spasme respiratoire, même en dehors des crises majeures ou des infections. Il semblerait que ce soit un asthme. Il m’arrive d’avoir des difficultés respiratoires, comme si l’air n’entrait pas pleinement dans mes poumons. Je dois parfois reprendre une grande inspiration pour compenser un certain manque d’oxygène.

Pouvez-vous nous raconter l’épisode grippal sévère que vous avez vécu au début de cette année 2026 ?

Déjà, je tiens à préciser que je ne suis que rarement tombée malade. Quand j’étais jeune, je crois que c’était en 1960 ou 1961, j’ai contracté ce que l’on a appelé une congestion pulmonaire. Par la suite, j’ai eu des complications pulmonaires avec une sorte d’obstruction bronchique. Ce n’était pas vraiment un encombrement, je ne toussais pas beaucoup, mais mes poumons n’étaient pas complètement fonctionnels. J’ai été traitée pendant trois semaines avec des corticoïdes par voie orale. Puis tout est rentré dans l’ordre. Peut-être ai-je un terrain fragile ; j’ai toujours entendu mon père tousser. 

Pour en revenir à cet épisode très difficile des fêtes de fin d’année 2025-début 2026, les prémices ont commencé dès l’été. J’avais évoqué mes difficultés respiratoires avec mon médecin traitant à l’occasion d’une consultation de routine pour mon suivi diabétique et cardiaque. Dès le mois de juillet, je lui avais signalé que j’avais de vilaines expectorations. Je lui avais suggéré de pratiquer un examen bactériologique, mais elle m’a répondu que ça ne servait à rien. Je n’ai pas insisté et, pendant l’été, j’ai toussé un peu, pas suffisamment pour m’inquiéter plus que cela.

À l’automne, et surtout à l’approche de Noël, ma toux est devenue très intense. Je suis allée passer les vacances en famille, et je toussais énormément, avec des crachats épais et très sales. A ce propos, lors de mon entrée à la clinique début janvier, un examen de ces expectorations a montré la présence de deux bactéries : un streptocoque et Haemophilus influenzae de type b*. De plus, un dépistage COVID-Grippe a été fait et c’est là qu’ils ont découvert que je venais de contracter le virus de la grippe (j’avais été vaccinée contre la grippe, à la mi-novembre).

Dans quelles circonstances avez-vous été hospitalisée ?

En revenant des vacances de Noël, le 30 décembre, j’avais pris rendez-vous chez mon médecin traitant pour lui parler de mes difficultés à respirer, de mon encombrement et de mon état général. Elle m’a examinée et sans me prescrire d’analyse pour identifier la souche impliquée dans mon infection, m’a donné un antibiotique, lequel n’a eu aucun effet. 

Ce mardi-là, rien ne s’est amélioré, et le dimanche suivant, j’étais vraiment mal. À la maison, toute seule, je suffoquais, je n’arrivais pas à reprendre ma respiration, mes efforts étaient inefficaces. Il n’y avait aucune expectoration, je ne pouvais pas dégager cet encombrement bronchique. J’étais à bout, et c’est pourquoi je me suis permise d’appeler au secours un ami pneumologue qui a eu la gentillesse de venir et de me prescrire un traitement, qui s’est avéré insuffisant et surtout pas assez rapidement efficace pour soulager mon état. Dans la nuit de dimanche à lundi, je suis restée assise sur une chaise devant ma table de séjour, je pensais que j’allais étouffer et que je n’allais pas m’en sortir. Alors dès le matin, à 8 h, j’ai contacté de nouveau cet ami en lui disant qu’il fallait absolument que je sois prise en charge, parce que je ne tiendrais pas si la situation continuait. Il a dépêché immédiatement une ambulance, et une heure plus tard, j’étais hospitalisée. Il a fait le nécessaire pour me traiter. Pendant quatre jours, j’ai été sous oxygène à 6 litres.

Au total, j’ai été hospitalisée deux semaines, pendant lesquelles j’ai reçu de l’oxygène, des antibiotiques, des corticoïdes et du Tamiflu**. Mon traitement hypotenseur avait été arrêté, car ma tension était trop basse à mon arrivée à la clinique. Il a fallu attendre plusieurs jours qu’elle remonte un peu.

Pendant ces quinze jours, la récupération a été difficile. J’avais encore de la toux chaque jour, avec beaucoup d’expectorations, et j’étais extrêmement fatiguée, ce qui ce qui m’obligeait à rester dans mon fauteuil sans aucune activité. Certaines nuits, j’avais l’impression d’étouffer. Je pense que le fait d’avoir traîné cette infection depuis longtemps, d’être allée en vacances en mauvais état, et que la grippe se soit ajoutée a beaucoup contribué à ma fatigue. De plus, mon voisin de chambre souffrait de démence, ce qui ne m’a pas permis de me reposer correctement.

Nerveusement, ce fut très difficile à supporter ?

Tout-à-fait, je ne pouvais quasiment pas dormir, je passais les trois quarts du temps assise sur mon fauteuil, parce que je suffoquais littéralement quand j’étais allongée. Je paniquais, je me sentais vulnérable, comme sur un fil tendu, incapable de savoir de quel côté ça allait basculer.

Cette situation a duré environ une semaine. Ensuite, j’ai commencé à mieux respirer, avec moins d’expectorations, et j’étais un peu plus calme. Mes nuits restaient difficiles, non seulement à cause de la fatigue, mais aussi parce que je n’étais jamais totalement tranquille. Parfois, je devais m’obliger à respirer consciemment, en prenant de grandes inspirations, pour m’assurer que mes voies respiratoires n’étaient encore obstruées.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui, deux mois et demi plus tard ?

Ma récupération est bien avancée. La première semaine après mon retour, j’étais encore très fatiguée et je devais souvent m’asseoir pour récupérer. Comme je suis seule, je menais une vie tranquille. Ensuite, je suis allée chez le kinésithérapeute, et ça a beaucoup aidé. Il m’a donné des exercices de kinésithérapie respiratoire pour détendre mon diaphragme. Maintenant, je respire naturellement, sans y penser. Je suis moins essoufflée à la marche ou en faisant mes courses.

Quelle est la prochaine étape pour vous ?

Je vais bientôt avoir un rendez-vous de pneumologie avec mon ami pour un bilan, parce que lundi dernier, j’ai passé un scanner et tout est rentré dans l’ordre, la détersion est complète, c’est-à-dire que mes poumons se sont rétablis. Rétrospectivement, je dirais que j’ai été négligente de ne pas insister auprès de mon médecin traitant pour une meilleure prise en charge, de ne pas avoir accordé plus d’importance et plus rapidement à tous les signes avant-coureurs que je lui avais pourtant signalés. J’aurais aussi dû en parler plus tôt avec mon ami pneumologue, même si je ne veux pas abuser de sa gentillesse.

Concernant la prévention, je continuerai à me faire vacciner. L’année 2024-2025, je m’étais faite vacciner contre la grippe et contre le pneumocoque, et j’ai passé un hiver sans aucun problème de santé. Ce vaccin antipneumococcique, n’est nécessaire que tous les cinq ans. Je continuerai donc à me faire vacciner, et dès l’an prochain, contre la grippe, comme chaque année. Car cette infection peut être très sévère et particulièrement grave, surtout lorsqu’elle se rajoute à une pathologie préexistante, comme c’était mon cas. Ca aurait pu être bien pire si je n’avais pas été vaccinée.

Aujourd’hui, tout est revenu dans l’ordre, je le sens. J’ai repris mes activités, mais avec moins d’intensité pour l’instant, parce que la météo ne s’y prête pas et que j’ai encore quelques moments où je suis moins vaillante. Et puis, je vis seule la plupart du temps. Mais je me sens de mieux en mieux. »

Propos recueillis par Hélène Joubert (mars 2026).

* L’Haemophilus influenzae type b est parfois présent dans les muqueuses respiratoires d’une personne sans provoquer de problème de santé. En passant dans le sang ou dans le système nerveux, la bactérie peut entraîner une infection invasive grave, telle que la méningite ou la septicémie.

** Tamiflu, le nom commercial de l’oseltamivir, un antiviral disponible en pharmacie pour le traitement voire la prévention de la grippe (influenza) chez les personnes à risque de complications. Il possède la propriété de bloquer une enzyme nécessaire à la propagation dans l’organisme du virus de la grippe : sous l’effet du traitement, les virus grippaux ne peuvent quitter les cellules où ils se sont multipliés.