Sommeil en crise : de nombreux Français sont concernés, avec des risques multiples pour leur bien-être et leur santé. A l’occasion de la 26e Journée du sommeil, ce vendredi 13 Mars 2026 et dont le thème est « Sommeil, rythmes et environnement : l’équilibre fragile de nos nuits », huit chiffres pour comprendre les enjeux liés au sommeil.
Fatigue chronique, troubles du sommeil, accidents de la route, obésité, diabète, troubles psychiques… Le sommeil des Français décline depuis 50 ans. Un tiers des adultes souffrent d’hypersomnolence, un Français sur cinq dort moins de six heures par nuit, et le manque de sommeil augmenterait même le risque d’arthrose ! Pourtant, quelques minutes de sommeil en plus et un peu d’activité physique quotidienne suffisent à améliorer la santé et prolonger la vie. Et voici pourquoi.
52 % des personnes avec une maladie respiratoire déclarent des troubles du sommeil

Le sommeil est à la fois un symptôme et un facteur aggravant des problèmes de santé.
Les troubles du sommeil concerneraient 38 % des Français*. L’insomnie est le trouble le plus fréquent (21 % des personnes concernées, 27 % des femmes), devant les troubles du rythme (9 %), le syndrome des apnées du sommeil (8 %, jusqu’à 15 % chez les 50-65 ans) et le syndrome des jambes sans repos (8 %).
Les maladies chroniques accroissent fortement les risques : 74 % des patients souffrant d’affections dermatologiques déclarent des troubles du sommeil, tout comme 64 % des patients atteints de troubles psychiques, 60 % en cas de maladies rhumatismales, 59 % de diabète, 58 % de maladies cardiaques et 52 % de maladies respiratoires.
Cette corrélation souligne l’impact des pathologies chroniques sur la qualité du sommeil.
En juillet 2025, lors de la présentation de la feuille de route interministérielle pour un sommeil de qualité (2025-2026), le Pr Renaud Tamisier, du CHU de Grenoble et président de la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS) avait alerté sur les maladies respiratoires du sommeil, qui se multiplient avec l’augmentation de l’obésité et sont souvent sous-diagnostiquées. Sur le plan de la santé générale, le sommeil est un véritable « pilier » pour le cœur et le cerveau, jouant un rôle clé dans la prévention des maladies cardiovasculaires et cérébrales, à la fois par sa durée et sa qualité, avait ajouté le Dr Sébastien Baillieul, spécialiste du sommeil et de la physiologie à l’Université Grenoble Alpes et au CHU Grenoble Alpes.
🡪 Pour en savoir plus sur La feuille de route interministérielle pour un sommeil de qualité (2025-2026)
Référence : Enquête OpinionWay pour l’Institut national du sommeil et de la vigilance menée du 4 au 16 décembre 2026 selon la méthode des quotas auprès de 1006 Français âgés de 18 à 65 ans représentatifs de la population française.
1 femme sur trois insatisfaite de son sommeil

Les femmes semblent accorder davantage d’importance au sommeil comme élément essentiel de la santé (48 %) par comparaison avec les hommes, probablement en raison d’une insatisfaction plus fréquente concernant leurs nuits. Près d’une femme sur trois se déclare insatisfaite de son sommeil, contre un peu plus d’un homme sur cinq. Selon la Dr Isabelle Poirot, psychiatre et présidente de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV) et spécialiste des troubles du sommeil au CHRU de Lille, « le sommeil est souvent perçu comme un enjeu seulement lorsqu’il devient problématique. Cette sensibilité plus marquée chez les femmes reflète probablement leurs difficultés plus fréquentes à bien dormir. »
Référence : Enquête OpinionWay menée du 4 au 16 décembre 2026 selon la méthode des quotas auprès de 1006 Français âgés de 18 à 65 ans représentatifs de la population française.
Le sommeil des Français a diminué d’1h30
En 50 ans, le sommeil des Français a diminué d’1 h 30, selon le ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, Yannick Neuder, lors de la présentation de la feuille de route interministérielle pour un sommeil de qualité (2025-2026) en juillet 2025. Aujourd’hui, un Français sur cinq dort moins de six heures par nuit en semaine, avait déclaré le ministre, 45 % déclarent avoir des troubles du sommeil, et plus de 30 % des enfants ainsi que 70 % des adolescents ne dorment pas suffisamment.
En 2026, la sieste reste un rituel pour environ 1 Français sur 3 !

En moyenne, en 2026, les Français déclarent dormir 6 h 50 en semaine et 7 h 48 le week-end*, des durées inférieures aux recommandations internationales, et un quart d’entre eux dort moins de 6 heures par nuit. Selon les recommandations en vigueur, édictées par l’Académie américaine de médecine du sommeil (2015), les adolescents devraient dormir 8 à 10 heures par nuit et les adultes de 18 à 64 ans entre 7 et 9 heures. La dette chronique de sommeil peut être évaluée via un agenda de sommeil : un adulte de 25 à 75 ans devrait atteindre au minimum 49 heures de sommeil hebdomadaire pour respecter ces repères.
Pour en revenir à l’enquête nationale 2026 (1), cette dette de sommeil, liée à des nuits trop courtes, n’est que partiellement récupérée le week-end, d’autant que 83 % des Français gardent des horaires de lever réguliers ce qui, en soit, est souhaitable pour un sommeil de qualité. Cependant, estime le Dr Isabelle Poirot, psychiatre et présidente de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV), cette régularité stricte peut favoriser le sommeil mais parfois au détriment d’une récupération suffisante.
Conséquence ou non de cette récupération potentiellement insuffisante le week-end, près de la moitié des personnes interrogées se disent fatiguées au réveil (62 % des moins de 35 ans et 61 % des personnes du soir). Et si un tiers des adultes interrogés a recours à la sieste d’environ une heure, celle-ci ne compense pas réellement le déficit de sommeil nocturne. Les difficultés de récupération et la fatigue matinale témoigneraient donc d’un manque de sommeil chronique, pour une part importante de la population.
Référence : *Enquête OpinionWay menée du 4 au 16 décembre 2026 selon la méthode des quotas auprès de 1006 Français âgés de 18 à 65 ans représentatifs de la population française.
Sommeil, activité, alimentation : de petits gestes pour vivre plus longtemps
Une étude publiée en février 2026 montre que de petits changements quotidiens pourraient allonger la vie*. Dans eClinicalMedicine, l’étude de chercheurs de l’Université de Sydney ont suivi plus de 59 000 participants pendant un peu plus de huit ans et ils ont trouvé ceci : ajouter seulement cinq minutes de sommeil, 1,9 minute d’activité physique modérée à intense et une demi-portion de légumes par jour* permettrait de gagner une année de vie.
Dans le détail, comparé au « pire » mode de vie (c’est-à-dire moins de 23 minutes d’activité physique par jour, moins de 7,2 heures de sommeil et une mauvaise alimentation comme des aliments ultratransformés, très caloriques, etc.), les personnes très actives (> 42 minutes/jour), dormant entre 7,2 et 8 heures et ayant une excellente alimentation pourraient vivre environ 9,4 ans de plus, en bonne santé.
Avec seulement un sommeil « correct » et une alimentation de qualité, mais très peu d’activité physique, le gain serait de 3,8 ans. Avec un sommeil et une activité physique à niveau intermédiaire et une alimentation très bonne, le gain atteindrait 7 ans.
Autrement dit, résument les chercheurs, cinq minutes de sommeil supplémentaires, 1,9 minute d’activité et une demi-portion de légumes chaque jour permettraient de gagner un an de vie.
L’analyse des différents facteurs montre que pour vivre plus longtemps, le sommeil optimal serait d’environ 7,5 heures par jour, et l’activité physique idéale autour de 50 minutes quotidiennes.
* 5 points = une demi-portion de légumes en plus par jour (Diet Quality Score -DQS)
Référence : *Koemel N, Biswas R K, Ahmadi M, N, et al. Minimum combined sleep, physical activity, and nutrition variations associated with lifeSPAN and healthSPAN improvements: a population cohort study eClinicalMedicine 2026;92: 103741
| La précarité : un facteur déterminant de la qualité du sommeil |
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| L’enquête annuelle 2026 de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV)*, confirme le caractère fortement inégalitaire de la qualité du sommeil selon le statut social, en lien avec le niveau de précarité des individus et leur environnement. Cet aspect, déjà étayé par plusieurs études, manquait de données françaises. C’est donc un constat important à retenir pour orienter les politiques publiques : la précarité apparaît comme un facteur principal d’altération du sommeil. Ces données montrent notamment que les personnes les plus précaires subissent plus souvent des rythmes de travail contraignants, notamment des horaires décalés ou de nuit. De plus, les foyers à budget serré cumulent un sommeil de moindre qualité (difficultés d’endormissement, hypersomnolence, insatisfaction par rapport au sommeil), des pathologies chroniques et une santé mentale plus fragile. Ainsi, le sommeil devrait être considéré comme un indicateur global de l’état de santé et non comme un simple trouble individuel. L’environnement social et économique d’un quartier influence la qualité du sommeil des habitants, ce qui impose une approche globale intégrant facteurs sociaux, économiques et sanitaires. Référence : Enquête OpinionWay menée du 4 au 16 décembre 2026 selon la méthode des quotas auprès de 1006 Français âgés de 18 à 65 ans représentatifs de la population française. |
Moins de 6 h de sommeil : jusqu’à + 40 % de risque d’arthrose

Le manque de sommeil et le travail de nuit sont associés à un risque accru d’arthrose, selon une étude épidémiologique récente publiée dans la revue scientifique Arthritis Care & Research. Cette maladie articulaire est déjà liée à plusieurs facteurs connus, notamment les lésions articulaires, les altérations du métabolisme, le vieillissement ou encore la génétique. Mais des travaux récents suggèrent qu’un autre élément pourrait entrer en jeu : la perturbation du rythme circadien, autrement dit le rythme veille sommeil géré par notre horloge biologique interne.
Selon ces chercheurs américains, les personnes qui dorment insuffisamment, souffrent d’insomnies fréquentes ou travaillent de nuit semblent présenteraient un risque plus élevé de développer une arthrose. Pourquoi ? Les chondrocytes, cellules qui constituent le cartilage, possèdent un rythme circadien régulant l’expression de leurs gènes, normalement synchronisé avec l’activité de l’organisme (élevée le jour, réduite la nuit). Le travail de nuit ou les perturbations du rythme veille-sommeil peuvent désynchroniser ce mécanisme et favoriser une altération des articulations. Des expériences menées chez l’animal montrent également qu’une perturbation du rythme circadien est associée à un risque accru d’arthrose. Par ailleurs, et de manière indirecte, ces dérèglements augmentent le risque d’obésité, elle-même facteur de risque d’arthrose.
Les chercheurs ont analysé les données de la UK Biobank (cohorte britannique de plus de 500 000 participants). Ainsi, ils ont constaté que les personnes dormant moins de six heures par nuit présentaient un risque d’arthrose accru de 41 % pour le genou et de 39 % pour la hanche. Les personnes dormant six heures montrent des hausses de risque plus modestes.
Les personnes souffrant régulièrement de difficultés d’endormissement ou de réveils nocturnes avaient également un risque d’arthrose accru : + 34 % pour le genou et + 30 % pour la hanche. En revanche, les personnes rencontrant des troubles seulement de manière occasionnelle ne présentaient pas de sur-risque d’arthrose.
Les chercheurs constatent que le risque d’arthrose diminue lorsque le poids (IMC/indice de masse corporelle) est pris en compte, mais reste toutefois significatif. Cela suggère que les troubles du sommeil augmentent en partie le risque d’arthrose parce qu’ils favorisent l’obésité, mais aussi qu’ils ont aussi un effet direct sur la maladie !
A noter, travailler de nuit augmente le risque d’arthrose du genou de 24 % et celui de devoir poser une prothèse de genou de 28 %. L’effet des horaires décalés concerne surtout le genou.
Photo (je te la joins en PJ)
Référence : Yanik EL, Bridgeman A, Herzog ED, et al. Associations of Sleep and Shift Work with Osteoarthritis Risk. Arthritis Care Res (Hoboken). 2026 Jan 22. doi: 10.1002/acr.70040. Epub ahead of print. PMID: 41568519.
35 % des Français concernés par l’hypersomnolence

Une enquête menée par OpinionWay pour l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV) dévoilée à l’occasion de la 26e Journée du sommeil a interrogé la population sur la qualité de son sommeil et les répercussions sur sa journée (1). Un constat : un tiers des adultes en France se disent concernés par l’hypersomnolence.
La somnolence correspond à une difficulté à maintenir l’éveil, se manifestant par une envie de dormir durant la journée ou par des difficultés à se réveiller. Elle peut entraîner une baisse de l’attention, une irritabilité et une diminution de la vigilance, notamment lors de la conduite.
La somnolence touche un Français sur quatre, et plus d’un tiers des 18-24 ans.
Lorsqu’elle devient excessive et chronique, on parle d’hypersomnolence*, caractérisée par des endormissements involontaires ou un besoin de sommeil élevé malgré une durée de sommeil apparemment suffisante.
Selon le Dr Isabelle Poirot, présidente de l’INSV, psychiatre et spécialiste des troubles du sommeil (CHRU de Lille), cette hypersomnolence peut s’expliquer par des troubles du sommeil, un manque de sommeil ou une dette chronique liée au mode de vie (des nuits plus courtes et plus fragmentées). Les personnes dormant moins de six heures par nuit sont ainsi plus nombreuses parmi les 35 % de Français déclarant souffrir d’hypersomnolence.
L’étude montre également que l’hypersomnolence est plus fréquente chez les personnes dormant avec un téléphone mobile allumé à proximité (41 % contre 27 % sans téléphone), ainsi que chez les femmes (41 %), les moins de 35 ans (46 %) et les travailleurs de nuit (61 %).
*L’indice de sévérité de l’hypersomnolence (HSI) utilisé pour l’enquête permet d’évaluer la sévérité des plaintes d’hypersomnolence et de leurs répercussions sur les activités de la vie quotidienne.
Références : Enquête OpinionWay menée du 4 au 16 décembre 2026 selon la méthode des quotas auprès de 1006 Français âgés de 18 à 65 ans représentatifs de la population française.